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Freelance et plateformes : quand l’union (dé)fait la force
François Truong

Note : Ce contenu a été créé avant que Fabernovel ne fasse partie du groupe EY, le 5 juillet 2022.

Qu’est-ce que le freelancing ?

Le freelancing n’est pas nouveau : cette catégorie de travailleurs indépendants recouvre des réalités différentes : auto-entrepreneur, EIRL, portage salarial. Elle existe depuis longtemps et a connu un premier essor dans les années 80. Pour autant, les débats actuels sur la loi travail et le statut du travailleur lui donnent une ampleur nouvelle.

Quelques chiffres pour appréhender ce phénomène :

- 700 000 freelances en France > 85% de croissance en 10 ans, selon le rapport 2014 de l’European Forum for Independent Professionnals.

- Aux Etats-Unis, ce sont 53 millions de travailleurs freelance qui représentent 34% de la force de travail, selon cette étude de Freelancers Union & Elance-oDesk.

La majorité des freelances se répartissent aujourd’hui, en 3 grandes familles :

- profils techniques (ils représentent près des 2/3 des demandes des clients sur les plateformes, mais 1/3 des freelances disponibles) : développeurs Web, mobile, datascientists ;

- profils créatifs : designers, graphistes, webdesigners

- profils rédaction / communication (qui représentent 15% des profils recherchés, mais 35% des freelances disponibles).

Zoom sur les plateformes de freelance

Présentation des plateformes :

Les plateformes sont des lieux virtuels de mise en relation directe entre le donneur d’ordre et un freelance. Les freelances ont la possibilité d’y déposer leur CV ou leur profil, et leurs réalisations.

Il existe des dizaines de plateformes sur internet, avec un fonctionnement assez similaire. Seul le modèle de rémunération diffère (donneurs d’ordres qui paient les annonces, vs. Freelances qui paient lorsqu’ils souhaitent visualiser l’intégralité d’une annonce, ou rémunération des plateformes sur un pourcentage du montant de la prestation).

Ces plateformes se sont toutes inspirées des sites américains comme Freelance.com, qui revendique 17 millions d’inscrits, UpWork, _anciennement oDesk _, CrowsSource, Guru, E-lance ou Flexjobs,

Pourquoi le modèle freelance + plateformes séduit les entreprises :

Le modèle d’emploi traditionnel — des employés à temps plein en CDI — n’est plus adapté aux besoins des entreprises, particulièrement dans les technologies. Celles-ci ont aujourd’hui besoin d’experts qualifiés ayant des compétences techniques très pointues, mais pour des missions ponctuelles. D’où la prolifération de ces plateformes.

Quelques plateformes généralistes de freelance accessibles en France

Hopwork est une plateforme française, donc en conformité avec la législation française. L’un des leaders intéressant : le baromètre (ici) des prix moyens par catégorie de métiers exercés par les freelances.

Freelance.com

Fiverr.com

Viadeo Freelance fort de 10 millions d’inscrits dont 500.000 freelances, Viadeo a récemment lancé un nouveau service visant à mettre en relation freelances et consultants indépendants avec des entreprises.

La revanche des plateformes de freelance spécialisées

Certains de ses portails généralistes ont tendance à tirer vers le bas les tarifs des prestations. Pour contrer ce phénomène et donc la baisse de qualité des prestations, des acteurs se développent dans des domaines de spécialité :

- Code : www.codeur.com, sur la niche des développeurs. Et il est exigé d’être immatriculé, donc pas de concurrents non déclarés.

- Rédactionnel / traduction : Textmaster, pour la traduction et le rédactionnel.

- Création graphique : Creads

- Datascience : Kaggle,

- Cybersécurité : Stealth Worker

- Micro tâches répétitives : Mechanical Turk

- Aider les entreprises dans leurs tâches quotidiennes : Konsus(Powerpoint à améliorer graphiquement, modélisation d’uns et de données sur Excel, logo à dessiner : ces tâches sont demandées par les équipes directement sur Slack, et Konsus trouve un freelance pour l’effectuer.

Un nouveau genre : les plateformes de l’économie de la demande

Un autre type de plateformes s’est développé de façon exponentielle ces 4 dernières années : celles mettant en relation travailleurs et consommateur. Déployées par des startups se donnant pour mission de répondre au plus vite et au moins cher aux besoins des consommateurs, ces plateformes font le trait d’union entre travailleurs indépendants et internautes, puis prélèvent une commission sur la transaction pour se rémunérer.

Aux Etats-Unis, on appelle cette nouvelle catégorie de travailleurs à la demande des consommateurs la “1099 economy”, en référence au numéro du formulaire 1099 correspondant aux contrats des indépendants. Dans certaines villes américaines (LA, Orlando, Austin), leur proportion a été multipliée par 2 en 1 an, depuis l’apparition de ces plateformes, portant ces « 1099 contractors » à 20% de la population active (vs. 10%). Source : Zen Payroll

L’extension de ces plateformes est un choix de société non neutre

Ceci explique cela : les freelances de ces plateformes dont jeunes, célibataires.. et dubitatifs sur ce modèle

Selon l’étude menée par Requests for Startups, auprès de 1000 individus aux Etat-Unis, les travailleurs de l’économie à la demande sont plutôt des hommes (73%), jeunes (70% ont entre 18 et 34 ans), célibataires (66%). Cette activité est vue comme transitoire par 1 sur 3, tandis qu’une même proportion de ces freelances ne se sentent près à persévérer longtemps que si les revenus qu’ils en tirent augmentent (source : http://www.theatlantic.com/business/archive/2015/05/what-does-the-on-demand-workforce-look-like/393680/)

Etre (son patron) ou ne pas être (sur le marché du travail) ?

Travailler en tant qu’indépendant pour une startup permet à ces Millenials d’échapper à l’organisation plus stricte des entreprises traditionnelles, d’avoir des conditions de travail souples. Néanmoins, le statut “travailleur indépendant” n’est pas toujours un choix : il devient la seule option disponible dans un nombre croissant de secteurs où les plateformes deviennent de sérieux concurrents aux acteurs traditionnels.

L’uberisation, phénomène disséqué extensivement depuis quelques mois, n’est qu’un exemple du véritable tsunami que ces plateformes créent dans certains secteurs, dans l’offre de postes :

- les transports (par exemple, Uber, a fourni des courses à 1,1 million de chauffeurs dans le monde (chiffre Uber, 2015) ;

- le travail manuel (avec des plateformes d’aide-ménagères : Youpijoy, Helpling, dont il est complexe de chiffrer l’impact) ;

- la livraison (par exemple, Postmates, Foodora, Deliveroo qui disposent d’un vivier de plusieurs milliers de coursiers cyclistes).

Par ailleurs, les plateformes accentuent la concurrence pour les travailleurs de ces secteurs, en faisant entrer dans la bataille des « travailleurs passifs » : ces particuliers générant un revenu à partir de leurs possessions ou activités existantes (ex : Airbnb, avec ses 40 000 offres à Paris, qui ont permis à 2M de voyageurs de séjourner « chez l’habitant »).

Le phénomène des travailleurs des plateformes est en passe de bousculer l’économie telle que nous la connaissons

La passionnante étude A vision for the economy of 2040, conduite par 30 économistes, technologues, politiques et entrepreneurs sous la direction de Vivian Giang résume les transformations profondes à venir, liées au déploiement du travail des plateformes :

En 2040, nous n’aurons plus de « postes » fixes, mais cumulerons les missions de durée variable. D’ici 2040, « la carrière consistera en des milliers de missions de courte-durée étalées sur toute une vie », d’une durée variable (de quelques heures à plusieurs années). Ce faisant, un nombre croissant d’individus seront leurs propres patrons.

Nous aurons un agent pour défendre notre carrière, nos talents. Dans « la prochaine économie, les agences de talent et les entreprises de chasseurs de tête vont jouer un rôle plus important dans la vie des travailleurs », à l’instar des sportifs et artistes qui font aujourd’hui appel à ces agents.

Chacun sera responsable de son succès, et devra être en veille et se former en continu. Les travailleurs indépendants de demain seront dans la projection et l’anticipation : ils devront devront sans arrêt réfléchir à leur prochaine mission, aux compétences qu’elle nécessitera, et la formation ou les diplômes nécessaires pour acquérir ces compétences ».

Davantage de formes de mutualisations pour atténuer le risque économique. Puisque le travail traditionnel et les prestations sociales qui l’accompagnent vont disparaître, des plateformes vont émerger afin d’aider les travailleurs à anticiper et gérer les situations critiques et imprévues.

Il sera bientôt nécessaire d’opérer un arbitrage entre ces plateformes purement indépendantes, aux coûts minines mais hors de contrôle, par opposition aux entreprises offrant des cadres et régulations, mais aux coûts de structure trop élevés, pour ne pas faire porter 100% du risque sur les travailleurs des plateformes, avec un rémunération minime, au profit des propriétaires de la plateforme et des entreprises.

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