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Stratégie d'entreprise, Valeur, Décryptage
28.1.2022
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[Livre] “Et si on vendait la Joconde ?” Interview de l’auteur Stéphane Distinguin
Stéphane Distinguin

A l’occasion de la sortie du livre le 19 janvier du fondateur & CEO de Fabernovel, Stéphane Distinguin, nous avons réalisé une interview avec l’auteur afin d’en savoir plus sur cet ouvrage qui représente un plaidoyer pour sauver la culture durement touchée en cette période de pandémie et faire de l'industrie créative le coeur de la relance économique française.

Stéphane Distinguin, vous êtes l’auteur du nouvel ouvrage Et si on vendait la Joconde ?, pourquoi se poser une telle question ? 

C’est une question que je me suis posée à un moment où, comme à peu près tout le monde sans doute, j’avais ce sentiment de sidération : tout s’était arrêté, que perdions-nous et que retrouverons-nous dans “le monde d’après” ?

Une idée m’est alors venue pendant l’une de ces fameuses promenades autorisées un beau jour de printemps 2020 et elle n’est plus sortie de ma tête. En fixant le Louvre des yeux et en pensant à ses salles vides dont on ne savait pas quand elles se rempliraient à nouveau, je me suis dit : Puisqu’il faut financer les hôpitaux sans négliger les arts, puisqu’il faut un symbole pour pour passer de l’ancien au nouveau monde, et si on vendait la Joconde ?

J’ai partagé cette idée sur les réseaux sociaux et en quelques jours, elle a suscité l’indignation de certains et la curiosité d’autres.

Cette hypothèse est une provocation, mais je la crois bien fondée, de notre temps, et utile pour nourrir une réflexion lucide sur l’avenir de la culture en Europe. Je suis totalement convaincu qu’investir dans les industries culturelles et créatives doit être le cœur de la relance économique, son préalable même.

Abandonner le vieux qu’on a tant vu et aimé pour créer le nouveau qu’on imagine et désire, c’est ce qui nous permettra d’avancer.

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Vous êtes passionné de culture et d’innovation, que vous inspire l’histoire de la Joconde ?

Ce qui me marque le plus, c’est de me dire qu’à la fin du xve siècle, dans une cité qui serait à peine un quartier de nos grandes villes d’aujourd’hui, se côtoyaient Léonard de Vinci, Michel-Ange, Sandro Botticelli, Raphaël, Laurent de Médicis, Machiavel, … et Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, que la postérité n’aurait sans doute pas retenue sans le génie de Léonard et l’histoire propre du tableau. Ce petit chef-d'œuvre (par le poids et la taille), qui représente l’histoire de la France, de l’Europe et de la Renaissance, est un point de départ extraordinaire pour raconter mille et une histoires et faire au moins autant de démonstrations. La Joconde est le symbole absolu de l’art comme on le conçoit depuis près de mille ans, des collections des cabinets de curiosités à la fondation Pinault qui vient d’ouvrir à Paris. La question avec laquelle je joue dans ce livre n'aurait pas été possible avant et j’ai envie de la considérer de façon très optimiste. Si le marché de l’art est dans une impasse, si les institutions culturelles ont du mal à innover et satisfaire leur mission à l’ère des plateformes numériques, on peut se poser la question ultime : qu’est-ce que sera une œuvre demain ? Quelle est la prochaine Joconde ?

Finalement hier définie comme “non-essentielle”, quelle place la culture doit-elle jouer aujourd’hui et demain ? 

Si nous continuons avec Florence du xve siècle, c’est comme si San Francisco et sa Silicon Valley, New York et Wall Street, Shenzhen et ses usines, Paris, ses Picasso et ses Hemingway étaient réunis dans une seule et même ville d’un peu plus de cent kilomètres carrés. Cette ville bouillonnante d’innovations dans tous les domaines était aussi un phare de l’humanité en matière politique (Machiavel est contemporain de Vinci), d’éducation (la plupart des Florentins savent lire et écrire et nous sommes à la sortie du Moyen-Age, des femmes sont connues pour leur érudition).

Bref, il y a une question de l'œuf ou de la poule avec la culture et ses créateurs. Là où ils s’installent, on vit mieux. Et quand on vit mieux, on a à cœur de créer.

Plutôt que “non-essentielle”, voyons la pandémie comme une opportunité pour reconsidérer notre approche du secteur culturel dans son ensemble et pour faire preuve d’audace. Auriez-vous imaginé que la Corée du Sud, un des pays les moins développés des années 60 puisse aujourd’hui être le seul pays à faire un excédent commercial avec la Chine ? Aujourd’hui, la Corée du Sud brille par son _soft powe_r à l’image du premier groupe de pop au monde, BTS, de ses succès cinématographiques comme Parasite et même sur Netflix avec Squid Game. Et ces succès se répercutent sur tout le tissu industriel coréen. Ce développement phénoménal est le fruit de 30 ans de politique ambitieuse de création culturelle associée à un soutien massif à l’exportation. Il faut donc en tirer deux enseignements. D’abord, on a beau avoir la Joconde, certains font mieux que nous.

Ensuite, une relance par la culture est possible et c’est un facteur clé de la compétitivité d’une économie !

Ce livre nous réserve-t-il d’autres surprises ? 

Des surprises, il y en aura ! Cet ouvrage est une plongée dans ce chef-d’oeuvre et les raisons qui font de cette inconnue de la Renaissance la femme la plus célèbre au monde. Il visite notre patrimoine et les collections des musées à l’ère de la cancel culture et de la restitution des biens mal acquis. Il fait également le tour du fascinant marché de l’art et de ses ventes aux enchères qui ont inventé le modèle d’affaire le plus sophistiqué au monde, celui repris par Google. Enfin, ce livre est un décryptage des technologies que le génie de Léonard n’avait pas prévu : Internet, la blockchain et les NFT qui pourraient nous aider… ou nous éviter d’avoir à vendre le tableau pour le laisser au Louvre.

Si ces quelques mots réveillent en vous l’envie d’en savoir plus sur l’avenir de la culture et des industries créatives, n'hésitez pas à lire le livre disponible tout de suite en format papier et numérique.

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