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Création de logiciels
2.6.2021
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Derrière chaque grand produit ou service numérique se cachent des APIs
Raphael Khalifa
Maureen Coisne
Note : Ce contenu a été créé avant que Fabernovel ne fasse partie du groupe EY, le 5 juillet 2022.

En tant que consommateurs de services numériques, nous ne les percevons pas. Et pourtant, les API (Application Programming Interface) sont la pierre angulaire sur laquelle repose le succès de nombreux projets et entreprises numériques, tels que WeChat, Google Maps, Uber Eats, ou encore AWS.

Les API sont un protocole de communication entre deux services numériques, autrement dit elles permettent à deux applications de s’envoyer des informations et de les exploiter. L’intérêt principal de ce protocole de communication est qu’il facilite l’intégration d’un service numérique au sein d’un autre service numérique, ce qui prend tout son sens lorsque l’on sait qu’une entreprise SaaS moyenne utilise un nombre médian de 15 intégrations produit.

Par exemple, lorsqu’un usager d’Uber commande une course, l’application souhaite calculer et exposer le temps de trajet estimé à cet usager, et plutôt que de réaliser le calcul elle-même, elle fait appel à une API qui exploite les données de circulation de Google Maps. C’est comme si Uber demandait à Google de calculer le trajet pour lui, et affichait la réponse à l’utilisateur. Le client n’a donc pas quitté une seule fois Uber lors de ce calcul.

Les API ne sont pas aussi récentes qu’il n’y paraît (le terme a été utilisé pour la 1ère fois en 1968), mais leur popularisation s’est accélérée à partir des années 2000, à l’ère d’internet et des applications mobile. Par la suite, la crise sanitaire, en ce qu’elle a accéléré la digitalisation des entreprises, a été un catalyseur supplémentaire de l’API economy : plus de US$2 milliards ont été investis dans des entreprises d’API dans le monde en 2020, contre $0.5 million en 2017.

Quand on évoque les API et les entreprises qui les développent, en réalité on met le doigt sur deux stratégies potentielles et radicalement différentes. D’une part, certaines API sont développées « comme une fonctionnalité supplémentaire permettant à une société B2C d'étendre l'empire d'un produit déjà existant », explique Romain Huet, Head of Developer Relations chez Stripe (une plateforme d’API spécialisée dans le paiement). Dans ce cas, un microservice unique est développé en interne puis proposé à des clients développeurs, par exemple un service d’assurance ou de calcul des frais de transport est intégré sur un site d’e-commerce.

D’autre part, de plus en plus d’entreprises vont plus loin et misent sur une stratégie API-first : elles proposent des boîtes à outils multi-services qui permettent à leurs clients de développer leur application ou leur site très rapidement. Ces entreprises API-first fournissent l’infrastructure de base de tous leurs microservices et ces micro-services communiquent entre eux, si bien que « les développeurs (clients) n'ont plus besoin de tout coder de A à Z et peuvent ainsi se concentrer sur le cœur du produit qu'ils sont en train de développer », estime Romain Huet. Finalement, grâce à ces briques de construction, les entreprises API-first promettent à leurs clients d’assurer l’évolutivité, la résilience, la scalabilité et la modularité de leur application ou de leur site, et d’un point de vue macro-économique elles réduisent le coût des produits minimum viables donc les barrières à l’entrée pour les start-up.

Stripe a construit son succès sur une stratégie API-first

Stripe est une fintech américaine BtoB qui permet à ses entreprises clientes de recevoir des paiements en ligne grâce à des APIs. A sa création en 2010, l’entreprise avait identifié un besoin chez les développeurs d’application mobile pour des services de paiement. Aujourd’hui, elle sert des millions d’entreprises de toute taille, des start-up aux grandes entreprises, et propose des services de plus en plus variés : paiement en ligne, terminaux de paiement physiques, gestion des abonnements, factures en ligne, création de cartes virtuelles et physiques, gestion de la fraude, ou encore des dons vers des technologies d’élimination du carbone. En échange, les entreprises clientes paient une commission sur chaque transaction effectuée via Stripe.

Stripe s’est appuyé sur deux principaux piliers pour démarquer son offre. D’une part, l’entreprise a construit une offre et un parcours d’utilisation centrés sur les attentes des développeurs. On note notamment une rubrique sur le site dédiée aux développeurs, et qui leur donne accès à des informations claires sur le fonctionnement de l’API, à des exemples de code et d’application, à des guides d’utilisation, etc. D’autre part, Stripe s’engage à assurer la rétrocompatibilité de son API, une particularité qui paraît anodine mais qui est pourtant essentielle dans la mesure où une API qui évolue sans rester compatible aux lignes de code initiales de ses entreprises clientes les condamnent à des efforts d’adaptation faramineux. Cette stratégie semble payer puisque Stripe dispose de 19% des parts du marché mondial de traitement des paiements (derrière PayPal à 54%) et l’entreprise a été valorisée à $115 milliards d’euros.

Les APIs ne concernent pas uniquement le monde des start up et du numérique

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