Communiqué
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17.2.2021
Perturbation continuum temporel
Temps d'un café
Big Tech : Fabernovel analyse les résultats du quatrième trimestre
Remy Stère

“Certaines tendances que nous avions déjà abordées dans nos précédentes éditions des GAFAnomics Quarterly se sont accélérées ce trimestre : Software and ESG are eating the world” explique Axelle Ricour-Dumas, Directrice Corporate Strategy, Fabernovel. “Sur l’année 2020, les modèles tech ont encore franchi un cap en termes de valorisation tant absolue que relative. Les enjeux de RSE ont aussi, et c’est une bonne nouvelle, été un facteur de performance : la revalorisation du secteur des véhicules électriques, porté par la forte performance de Tesla et les investissements annoncés de Baidu et Tencent, mais aussi la décote de Facebook qui commence à cristalliser le fait que l’éthique devient un élément différenciant. On est arrivé à un moment de tension, avec des modèles tech qui continuent d'accroître leurs positions de manière quasi exponentielle en s’appuyant à la fois sur une marge de manœuvre financière considérable et les assets clés de leurs modèles, cassant les conditions d’une concurrence saine. Ceci renforce la nécessité de récréer un terrain de jeu pour de nouveaux modèles.”

**Synthèse - non exhaustive - des GAFAnomics Quarterly : **

1) Les trois derniers mois à travers les lunettes de Fabernovel

Bonne performance boursière et financière des acteurs de l’Index de Fabernovel

Sur le plan boursier, les 20 géants de la tech analysés dans l’Index* de Fabernovel ont, sur le seul trimestre dernier, généré 1668 milliards de dollars de capitalisation, l’équivalent de la création d’une entreprise de la taille d’Amazon en seulement trois mois. Parmi ces acteurs, plusieurs ont propulsé à la hausse cette capitalisation, notamment Tesla qui a doublé la sienne en un trimestre avec 407 milliards de dollars (+102%).

Ces performances s’illustrent aussi sur le plan financier puisque malgré une année difficile, ces entreprises font en moyenne 25% de croissance sur les ventes et 18% sur le flux de trésorerie par rapport au trimestre de l’année précédente. Elles ont toutes été plus rentables affichant une impressionnante croissance de +44% de leur résultat opérationnel en moyenne.

Dans le TOP : Baidu et l’internet chinois réévalués à la hausse par les analystes

Baidu, le B des BATX, l’équivalent de Google du search en Chine, a presque doublé son cours de bourse en un trimestre qui fait suite à des bons résultats (+165% de l’EBITDA) mais aussi une annonce stratégique de partenariat sur le marché des véhicules électriques avec l’entreprise chinoise Geely. C’est aussi la sous évaluation du marché de l’internet Chinois relevée par les analystes en anticipant notamment une croissance du secteur de la publicité en ligne début 2021, qui semblent avoir été entendus par les investisseurs.

La SURPRISE : Uber reste attractif auprès des investisseurs

La crise du covid-19 a impacté plus fortement Uber qu'anticipé par les analystes, accusant une mauvaise performance sur le dernier trimestre avec une baisse de 16% de son chiffre d'affaires sur la même période par rapport à l’année passée (-8% par rapport aux attentes des analystes). Les livraisons à domicile d’Uber Eats galvanisées par les confinements ont permis d’amortir le choc passant de 19% en 2019 à 35% des revenus d’Uber en 2020. Mais alors que l’entreprise continue de perdre de l'argent, la société s’approche à petit pas de la rentabilité en réduisant sa perte nette de 8,51 milliards de dollars en 2019 à 6,77 milliards de dollars en 2020. Son action a d’ailleurs pris 50% au cours du dernier trimestre montrant que les investisseurs continuent de lui accorder sa confiance.

Dans le FLOP : La décote de Facebook

Si tous les voyants financiers sont au vert pour Facebook ce trimestre, l’entreprise cumule les sujets : la dépendance des données avec Apple, le choix du bannissement de Trump de sa plateforme qui a engendré une phase de boycott de Facebook ainsi que les récents soucis éthiques de l’entreprise. Quand bien même, l’entreprise reste parmi les plus grandes capitalisations mondiales, les investisseurs ne sont plus autant intéressés par le titre qu’ils ont pu l’être par le passé. Son action n’a pas progressé depuis 6 mois malgré ces bons résultats.

2) Le Tsunami des géants de la tech en 2020

Cette année 2020 a plus que jamais illustré l’importance prise par les géants de la Tech dans les usages de la vie quotidienne. 45 minutes de panne de Google ont suffit pour montrer l’hyper-utilité de ses services et à quel point les utilisateurs en étaient dépendants. Bien que la plupart des pays européens aient incité leurs citoyens à soutenir les entreprises locales, les mesures sanitaires ont bénéficié à des acteurs tels qu'Amazon - dont 2020 fût jusqu’à présent la meilleure année en termes de performance financière - qui a su jouer sur la diversité des produits, la livraison et sa rapidité d'adaptation. A tel point que leurs puissances sont devenues hors de contrôle des autorités. En atteste les tweets d’Elon Musk qui se permet notamment d’indiquer que le cours de bourse de Tesla est bien trop haut et d’autres tweets incendiaires contre la Fed. Mais aussi Google, Amazon et Apple qui décident de leur propre chef de bloquer l’application Parler, ou encore Twitter et Facebook de bannir Trump.

Alors que l'industrie traditionnelle a ralenti à cause du Covid-19 (0% de croissance des ventes en 2019-2020 pour les entreprises du NYSE et du SBF 120 français en moyenne), les géants technologiques ont réussi à maintenir un rythme de croissance très élevé : 23% d'augmentation des ventes (contre +18% en 2019), et une évolution de +27% des bénéfices avant impôt (EBITDA) (contre 16% en 2019).

L’Index de Fabernovel des GAFAnomics Quarterly montre que ces 20 entreprises ont connu une croissance médiane en termes de capitalisation boursière de 71% par rapport à 2019. “Les capitalisations des géants ont atteint des sommets en 2020. Apple vaut à elle seule l’équivalent de toutes les entreprises du CAC 40 réunies. Les quatres GAFA équivalent quant à eux près de 3 fois la capitalisation du CAC 40. Ces résultats illustrent l’antifragilité face à la crise du covid19 et la capacité de ces géants à s’adapter face aux contraintes” explique Jérémy Taïeb, Analyste Financier, Fabernovel et co-auteur de l’étude.

3) L’urgence d’un rééquilibrage des Big Tech

En l’espace de 20 ans, les Big Techs sont devenues les entreprises les plus puissantes : 8 sur 10 des entreprises les plus cotées au monde en 2020 sont des entreprises tech. Mais on constate ces dernières années une prise de conscience de cette puissance et de ses excès, du côté des consommateurs mais aussi des régulateurs qui ont sanctionné certains abus au cas par cas. Ce momentum mène aujourd’hui à une volonté de repenser le cadre réglementaire des plateformes numériques de manière plus globale.

Pour réglementer de manière efficace et recréer un écosystème compétitif sain, il est nécessaire de comprendre pleinement le modèle des Big Tech et leurs stratégies complexes, articulées autour de leurs boucles de valeurs reposant sur des interconnexions et des ponts entre leurs différentes activités. Ce sont ces stratégies qui, poussées à l'extrême, ont abouti à certains abus et positions dominantes. Cette étude permet d’en décrypter cinq illustrations :

**Des interconnexions de plus en plus étroites entre les activités **

Amazon a par exemple poussé de façon extrême ses interconnexions entre ses activités, avec son offre Amazon Prime incluant notamment Prime Video qui agit comme un produit d'appel et vient s’inscrire dans une boucle de valeur pour attirer et rediriger de nouveaux clients vers la marketplace. Cette même marketplace qui va réinvestir dans le financement des des productions vidéos de Prime dont le modèle fonctionne à perte. Cela crée un avantage concurrentiel injuste par rapport aux services de streaming qui doivent atteindre la rentabilité et peuvent difficilement concurrencer les investissements d'Amazon dans le contenu (7 milliards de dollars en 2020).

**De l’accès exclusif aux données à la rétention d’information **

L’accès de Google aux données mais surtout sa collecte et rétention des données de ses partenaires ont permis de consolider sa position de gatekeeper: un passage obligé pour les annonceurs. En France, cette position de force de Google lui permet de dicter les règles du marché de la publicité en tirant les prix à la baisse, en profitant de sa capacité à négocier seul face à un marché fragmenté de plus de 285 titres de presse.

Une position dominante dans la distribution d’applications

Apple est quant à lui le passage obligé pour distribuer les presque 2 millions d’applications développées par son écosystème sur son système d’exploitation iOS. Apple s'appuie sur cette position de gatekeeper pour définir unilatéralement ses propres politiques de prix et ses conditions générales. Ainsi, Apple a un pouvoir de décision total sur le pourcentage de commission fixé, captant la majeure partie de la valeur tandis que certains marchés constatent de ce fait une érosion de leurs marges : par exemple celles de l’industrie du jeu vidéo, divisées par deux en moins de 10 ans.

De la construction d’un écosystème à un phénomène de concentration

Grâce à ses différentes acquisitions (Instagram, Whatsapp), Facebook a renforcé sa position de leader du marché, devenant un passage obligé avec ses 2,7 milliards d’utilisateurs actifs mensuels. Facebook a en effet construit son écosystème par acquisitions (92 rachats d’entreprises contre 24 en moyenne pour les entreprises du S&P 500). Ces rachats de concurrents établis, qui n’étaient déjà plus de petites startups, équivaut à accaparer les capacités d'innovation d’un marché et créer des barrières importantes pour les challengers. Cette position permet derrière à Facebook de dicter ses conditions, aussi bien à ses utilisateurs qu’aux annonceurs.

**Tirer parti d'un solide écosystème de services **

L’outil de collaboration Slack est vendu en tant que service autonome (6,67 dollars par utilisateur) quand Microsoft propose sa solution concurrente dans le package des services de sa suite Office 365 pour moins de 5 dollars par utilisateur. Sans cette Suite Office, il est peu probable que Teams ait pu se développer deux fois plus vite que Slack. Difficile pour ses concurrents de rivaliser avec une base de 200 millions d'utilisateurs actifs mensuels et la vélocité de ces modèles, malgré les fonctionnalités et les atouts d'une application individuelle, comme en atteste le rachat de Slack par Salesforce.

“La régulation doit viser à fixer des limites aux GAFA, tout en préservant leur pouvoir d'innovation et leur capacité de création de valeur pour les entreprises et les utilisateurs. Aujourd'hui, la concentration des GAFA et leur vélocité entraînent un effet qui met en danger les acteurs en place. Cela implique de corriger les excès actuels, mais aussi de penser un cadre de régulation capable d’anticiper les évolutions futures de ces géants de l’économie numérique” explique Gabrielle Peyrelongue, Analyste, Fabernovel et co-auteur de l’étude.

“La réglementation seule ne réussira pas à inverser la tendance actuelle et à permettre l'émergence de champions européens. Il est nécessaire d'être proactif et de mettre en œuvre des plans industriels européens pour stimuler et favoriser l'innovation, grâce à l'interopérabilité des chaînes d'approvisionnement ou à la modernisation des boucles de valeurs et des infrastructures locales. Les entreprises doivent unir leurs forces et créer des alliances afin de collaborer de manière plus égale avec les GAFA, mais aussi les remettre en question et proposer des alternatives européennes” conclut Axelle Ricour-Dumas, Directrice Corporate Strategy, Fabernovel.

*L’échantillon étudié sur ce trimestre 05/11/2020 au 05/02/2021 : Apple, Alphabet, Alibaba, Amazon, Baidu, Facebook, Lyft, Microsoft, Netflix, Tesla, Paypal, Samsung, Salesforce, Snap, Spotify, Square, Twitter, Tencent, Uber, Zoom

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