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27.6.2022
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VivaTech : l’immersion au cœur des opportunités business
Emmanuel LONGERE

Après l’annonce retentissante de Mark Zuckerberg lors de la précédente édition de VivaTech, qu’est devenue la promesse du Metaverse ? S’il existe seulement en version bêta aux États-Unis et au Canada aujourd’hui, quelques innovations préparent déjà son arrivée. Parmi elles : les technologies et les outils immersifs, qui ne cessent d’enrichir notre conception de l’expérience utilisateur et ainsi, nos opportunités business. Une tendance que nos experts vous proposent de décrypter en revenant sur les innovations présentées lors de l’édition 2022 !

Si les technologies immersives existent depuis longtemps, leurs évolutions récentes nous permettent désormais d’en faire un usage inédit. D’abord vis-à-vis des proto-métavers mais aussi pour repenser notre organisation du travail, limiter la surproduction dans le secteur du retail, ou encore permettre la matérialisation de nos actifs numériques. Zoom sur trois tendances qui accompagneront les prochaines (r)évolutions de nos secteurs d’activité :

Capturer le monde réel

Pour connecter le monde réel au monde numérique et permettre l’arrivée du métavers, les innovations en matière de captures 3D se multiplient. Cette année, nous observons une tendance à la simplification des scans et à la multiplication des initiatives qui utilisent la 3D pour travailler et interagir. Pour faire face à l’une des plus grandes contraintes de la 3D (la modélisation des produits et des lieux) de nombreuses startups ont choisi de proposer des solutions permettant d’accélérer et de simplifier ce processus. Tour d'horizon des technologies les plus innovantes :

  • Le scan d’avatar | Avec 3D Fascination, accédez à un plateau sur lequel un ensemble de caméras sont disposées de manière à vous photographier sous tous les angles. Grâce à la technique de la photogrammétrie, un algorithme rassemble ensuite vos photographies pour vous (re)construire en 3D de la manière la plus fidèle possible. Un type de scan qui s’impose dans les magasins de prêt-à-porter, assorti d’une panoplie de nouveaux usages : modéliser sa silhouette pour créer des tenues sur mesure, récupérer son avatar pour l’utiliser dans des proto-métavers de gaming, ou bien faire essayer des tenues à son avatar (Virtual Try On). Dans un registre similaire, Volucap vous propose d’aller un peu plus loin avec une technologie permettant d’enregistrer des vidéos volumétriques en 3D, pour générer des animations de votre avatar. 

  • Le scan des routes | Avec Aegis Rider, utilisez un casque de moto qui scanne la route avec une caméra intégrée et affiche certaines informations en réalité augmentée, comme le chemin à suivre ou la vitesse à laquelle vous roulez. Une technologie qui allie machine learning et TrueAR, pour une réalité augmentée en profondeur. Sa commercialisation, prévue pour le mois d’avril 2023, sera l’occasion, pour Aegis Rider, de développer l’usage de la réalité augmentée au service de la mobilité civile. Car jusqu’ici, les initiatives proposées engageaient l’utilisation d’un smartphone, ce qui pouvait impacter la fluidité de l’UX, voire la sécurité des utilisateurs. Une première étape avant le lancement du pare-brise augmenté ? 

  • Le scan des produits | Avec Alpha AR, seulement trois photos suffisent pour générer le modèle 3D d’un produit. Une promesse que la startup adresse au secteur du retail, notamment pour ses produits les plus classiques (sacs à main, accessoires, etc.). Le dispositif utilise trois à cinq photos du produit - prises sous différents angles - pour générer un premier modèle qui sera ensuite retravaillé par Alpha AR. Si un travail manuel reste nécessaire pour faire aboutir la modélisation, le processus proposé offre de belles perspectives d’évolution.

Voir et projeter

Un monde en 3D, mais pour quoi faire ? Si la plupart des innovations présentées à VivaTech agitent notre curiosité, passées l’enceinte du salon, à quoi nous servent-elles vraiment ? À l’heure où l’accessibilité des technologies nous ouvre des champs d’utilisation plus larges, les expérimentations se multiplient. Ici nous avons identifié celles qui s’imposent comme les plus prometteuses en matière de vente - et donc potentiellement de production - de collaboration et de formation :

  • Appréhender les matières | Avec l’application eFabrics de Loro Piana, faites bouger sur votre écran le tissu d’un vêtement et découvrez-le avec précision lorsqu’il est porté par un mannequin. Loro Piana, fournisseur de textile pour les marques de luxe du groupe LVMH, a lancé l’application eFrabrics en mars dernier. Une nouvelle offre 3D adressée à ses clients B2B, pour lesquels il est désormais possible d’appréhender la souplesse des textiles auxquels ils s’intéressent.
  • Former nos pôles d’excellence | Avec Immerscio.bio, accompagnez la formation des talents de la bio production. Immerscio propose de former un nouveau pôle d’excellence de la biotech en utilisant en partie les technologies immersives, pour reproduire des éléments essentiels de la bioproduction. Si les programmes de training en VR ont déjà fait leurs preuves et continuent d’alimenter nos nouvelles façons de travailler, la plateforme est unique en France. Immerscio axe son offre sur la compréhension des processus métiers et l’appropriation des pratiques professionnelles ; une approche pédagogique qui intègre de la réalité immersive, des serious game et des jumeaux numériques, et qui s'adresse aux 30 à 40 000 emplois qui seront créés dans la bioproduction en Europe ces 10 prochaines années.

  • Enrichir nos collaborations | Avec GAMMA AR, mobilisez l’aide à la construction et le BIM (Building Information Modeling) dans vos projets de BTP. Cette start-up propose d’allier le BIM et la réalité augmentée pour faciliter la collaboration entre les architectes et les ouvriers dans le cadre de la construction ou de la rénovation des bâtiments. L’application utilise les derniers capteurs LiDAR des iPad Pro, pour projeter sur le chantier les éléments vis-à-vis desquels il faut être vigilant (tuyauterie, cloisons, câbles, etc.). Une technologie qui pourrait ouvrir la voie à une plus grande sécurité au travail, à des collaborations plus efficientes, et même à l’optimisation de matières premières ; de quoi accompagner la réussite des démarches et des contrôles qualité.


Interagir en 3D

La 3D offre également de nouvelles façons d’interagir et d’expérimenter la spatialisation. La mobilisation du toucher, l’augmentation de la profondeur des sons ou même l’ajout d’informations numériques dans un espace physique, sont autant d’opportunités que les startups développent et exploitent, en faveur de technologies de plus en plus immersives :

  • Augmenter la sensibilité d’un touchpad | Avec Embodme et son touchpad touchless, la présence de votre main et de vos doigts est détectée à quelques centimètres de l’objet. Un contrôleur à distance, qui permet d’anticiper une action sur le touchpad et d’imaginer de nouvelles interactions. Spécialisé dans les tablettes destinées à la création de musique électronique, Embodme prévoit d’utiliser cette technologie de la même façon qu’une pédale modulatrice : en rapprochant et en éloignant sa main. Une innovation qui ressemble à celles proposées par Kinect et Ultra Lea, mais qui s’applique ici au cas d’usage plus populaire du touchpad.



  • Repenser l’expérience sonore | Avec Akoustic Art, faites l’expérience de la musique dans une zone précise, comme si vous entriez dans une douche sonore. La technologie directionnelle de la nouvelle enceinte d’Akoustic Art permet de diffuser le son dans un espace délimité, en dehors duquel il n’est pas possible de l’entendre. La start-up multiplie les cas d’usages chez Décathlon pour filtrer les communications aux vendeurs, et auprès des retailers et des concessionnaires intéressés par les expériences immersives (en parallèle de la diffusion de vidéos ou de parfums, par exemple).

  • Ajouter des contenus persistants | Avec Wanderland, le premier jumeau numérique du salon VivaTech, ajoutez des contenus augmentés de manière persistante. Une composante fondamentale de nos futurs métavers, rendue possible grâce à une démarche qui s’inscrit dans la suite logique des projets de la startup Minsar. Ainsi, lorsqu’un utilisateur ajoute un objet à l’entrée du salon, ceux qui passeront ensuite au même endroit, le verront également. Wanderland approche ici la notion de métaverse, en intégrant deux de ses trois composantes : la persistance et l’immersion… Si vous vous demandiez pourquoi autant de monde se prenait en photo devant le logo VivaTech, vous avez désormais la réponse !

Si le Metaverse n’existe pas encore, certaines technologies immersives lui ouvrent déjà la voie. L’annonce de son arrivée a rendu l’immersion plus accessible et désormais, de nombreux secteurs d’activité s’en emparent et développent ses usages indépendamment de la course aux mondes virtuels. Une tendance passionnante qui ne doit pas prendre le pas sur un engagement nécessaire en matière de durabilité et de sobriété, à l’heure où les promesses d’une nouvelle itération du Web interrogent l’utilité de nos futurs usages. 

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