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May 18, 2018 | 5 min de lecture

Transformation

Trois étapes pour transformer un écosystème en communauté

Arthur Massonneau

Senior Change Maker


FABERNOVEL INSTITUTE
Si j’étais biologiste, je dirais que pour créer un écosystème, il faut deux choses : un environnement (le biotope), et des êtres vivants qui l'habitent (biocénose).

Dans le monde de l’entreprise, un écosystème est souvent associé à une communauté, supposant que des personnes réunies en un même lieu vont nécessairement créer des liens. Mais la co-localisation n’est pas un critère suffisant: une communauté nécessite un réel travail de design et d’animation.

Aujourd’hui, avec l’évolution des organisations, les écosystèmes physiques comme virtuels sont de plus en plus gros, avec des phénomènes de concentration des personnes qui répond à une triple logique :

  • Minimiser les coûts de structure et de déplacement. Par exemple, depuis une dizaine d’années les grands groupes français et internationaux ont tendance à privilégier les « campus » étendus sur plusieurs hectares plutôt que les sièges multi-sites.
  • Augmenter son poids à l’échelle internationale. Comme Station F, le plus gros incubateur de startups du monde, qui acquiert automatiquement une légitimité à évoquer des sujets liés à l’entrepreneuriat.
  • Imaginer que plus l’on met de monde au même endroit, plus il va se créer d’interactions.

Dans ce contexte, transformer ces écosystèmes en communautés semble être de plus en plus difficile, mais aussi porteur d’opportunités de création de plus en plus grandes.

 

Pourquoi vouloir créer une communauté ?

La création d’une communauté a un intérêt à trois niveaux :

  1. D’abord, parce qu’elle permet de créer de la valeur pour elle-même, ou pour les individus qui la composent, à partir du moment où elle se base sur un intérêt commun à l’ensemble des membres.
  2. Ensuite, elle crée de la valeur pour les autres – de par une action collective – et permet l’émergence de projets qui n’auraient pas existé sans les liens entre les membres.
  3. Enfin, elle permet la gestion et l’utilisation des « communs » de l’écosystème auquel appartient la communauté. Elinor Ostrom, première femme à recevoir un prix Nobel d’économie, en 2009, décrit ce phénomène dans La gouvernance des biens communs en expliquant comment des associations de personnes se créent autour de la gestion de ressources naturelles qui n’appartiennent à personne ; cette notion de communauté est d’ailleurs la seule qui peut potentiellement se passer d’une législation ou d’une privatisation de ces ressources. L’on comprend donc bien l’intérêt de créer des communautés pour pouvoir créer cette capacité à gérer des ressources et créer de la valeur.

Finalement, que l’on parle par exemple des communautés de communes françaises ou du festival Burning Man, on retrouve ces éléments de création de valeur pour soi (à travers les échanges de bonnes pratiques, de passions), de valeur pour les autres (avec des projets d’envergure, comme la création d’infrastructures pour l’un, ou l’existence même des activités composant le festival pour l’autre), et enfin la gestion des communs (avec des logiques d’aménagement et de respect de l’espace dans les deux cas).

 

Comment créer une communauté ?

Il n’existe évidemment pas de recette magique de création de la communauté, mais il existe trois principes fondamentaux.

 

Fixer une direction commune et parcourir le chemin ensemble

J’écrivais plus haut qu’un double travail de design et d’animation était nécessaire dans la création d’une communauté. Le design, c’est d’abord celui d’un objectif commun réel. On parle bien ici d’un objectif et pas d’un prétexte. La communauté des personnes de plus d’un mètre quatre-vingt quatre dans votre entreprise risque fort de disparaître après une première rencontre, en supposant que vous ayez réussi à attirer les participants en leur faisant miroiter un superbe buffet.

L’objectif commun doit être suffisamment fort pour que chaque membre rejoignant la communauté ait la sensation de contribuer à un projet qui le dépasse en tant qu’individu. Il doit également révéler un socle de valeurs qui pourra être partagé par chacun. De cette direction peut alors émerger une identité commune et un système d’identification à cette communauté. Les Anonymous, par exemple, sont unis par un socle de valeurs, par le masque de Guy Fawkes, mais surtout par un objectif commun consistant à faire du web un réel espace de liberté d’expression.

Une communauté pourra fonctionner si ces paramètres d’appropriation sont suffisamment forts pour donner lieu à un ralliement sans être homogénéisant. En effet, se défaire de ses singularités pour pouvoir appartenir à une communauté est dans la plupart des cas un effort trop important à faire qui empêchera des membres potentiels de se joindre à un mouvement collectif.

C’est donc une fois cette direction commune est déterminée que des actions collectives peuvent être envisagées.

 

Fournir les outils nécessaires

Collaborer, idée centrale dans l’idée de communauté, veut dire dans son acceptation étymologique : prendre de la peine ensemble (cum + laborare) ou, d’un point de vue plus moderne, travailler ensemble. Pour cela, les membres d’une communauté doivent donc partager un langage commun et surtout des outils de partage d’information voire de co-création de projets communs.

Concrètement, cela passe par un lieu, une technologie et/ou des moments communs qui sont l’occasion de se réunir, de diffuser de l’information et surtout, de partager et co-concevoir des réalisations. Là encore, les développeurs sont l’une des communautés les mieux loties, avec un outil comme Github, qui permet à chacun de mettre en ligne du code informatique, de travailler à plusieurs mains sur un projet et de le rendre accessible en open source aux millions d’autres codeurs qui utilisent la plateforme.

Vous devez donc trouver des outils avec lesquels votre public sera à l’aise pour collaborer. Dans la mesure du possible, utilisez l’existant pour limiter les enjeux de réticence au changement et réduire les temps d’adaptation.

Donner aux membres une raison de rester !

Enfin, une communauté, ça se construit sur le long terme. Et pour capitaliser sur l’expérience acquise par les membres et les faire rester, il est essentiel de s’assurer qu’ils retirent quelque chose de leur engagement, quelle que soit l’étape à laquelle ils en sont dans leur participation. Si un nouveau membre peut être séduit par la découverte et la nouveauté, il est important de mettre en place des mécanismes pérennes pour conserver l’adhésion.

Il existe deux grands moyens de rétention des membres qui répondent à cette logique : les nourrir d’apprentissages qu’ils ne trouveraient pas ailleurs, ou bien leur donner la reconnaissance qu’ils méritent en échange de leur engagement.

Dans la communauté d’intrapreneurs que nous animons pour l’un de nos clients dans le secteur du transport, les deux ingrédients sont utilisés : les participants bénéficient d’un support et d’un coaching continu dans le lancement de leur projet (apprentissage) et pour chaque promotion, plusieurs des projets proposés sont choisis par des sponsors internes qui permettront de leur donner vie (reconnaissance). En plus, pour impliquer les participants d’une promotion à l’autre, nous leur proposons d’être eux-mêmes ambassadeurs voire coach du programme auprès des nouveaux arrivants (reconnaissance bis).

C’est à cette condition que vous pouvez faire grossir une communauté, et passer à l’échelle en transformant chacun des membres en relais potentiel de croissance : s’il est fier d’y appartenir, il sera d’autant plus capable d’en faire la promotion et de recruter de nouveaux membres !

 

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