fabernovel loader

Dec 21, 2017 | 5 min de lecture

Tendances

#21 Neutralité des plateformes

Julien Breitfeld

Data Architecture Director


FABERNOVEL INNOVATE
C'est bientôt [faber] Noël ! En attendant, nous vous révélerons chaque jour un mot qui a fait 2017, décrypté par notre Data Architecture Director Julien Breitfeld.

Pour FABERNOVEL INNOVATE, notre Data Architecture Director Julien Breitfeld revient sur les grandes thématiques de l’année, qui ont alimenté nos discussions Slack et engendré nos plus beaux débats…

[DISCLAIMER
Les opinions présentées dans cet article sont celles de notre Data Architecture Director, et elles promettent de générer de nombreuses discussions en interne. Parce que chez FABERNOVEL, c’est aussi le débat qui nous anime…
Découvrez le point de vue de Julien, et faites-nous part du vôtre !]

Le sujet est intéressant ; la neutralité est le mot tendance dès lors que l’on fait référence à la technique. Pourtant, comme énoncé par Melvin Kranzberg : « la technologie n’est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre ».

Le sujet de la neutralité des plateformes dérive de celle du net (net neutrality) qui voudrait que les « plateformes » ne soient pas en état de choisir les contenus qu’elles proposent ; en résumé, qu’elles s’abstiennent de jouer le rôle des gatekeepers autrefois réservés aux médias, de hiérarchisation et d’éditorialisation de contenus.

Derrière cette volonté de contrôler les plateformes, celle de rendre les algorithmes transparents ; que ce soit la recherche Google ou le wall Facebook, la masse d’information doit nécessairement être ordonnée afin d’éviter le dataDeluge qui viendrait submerger l’utilisateur. Or, l’algorithme, la secret sauce, est la dernière brique de valeur des plateformes, lesquelles doivent capter/captiver l’individu avec des informations pertinentes (qu’elles soient gratuites ou payantes; le marketing ou la publicité sont des informations qui sont également pertinentes pour le consommateur).

Le procès en sorcellerie des plateformes concernant une supposée nécessaire transparence est l’arbre qui cache la forêt. Si les Européens aimeraient reprendre le contrôle sur une activité sociale et économique qui leur a échappé, le code qui régit la vie des citoyens est partout. Et sa transparence n’est pas la première chose qui vient à l’esprit du législateur, lorsqu’on parle du credit rating bancaire, des formules de calcul du malus des compagnies d’assurance, voire du yield management d’entreprises comme la SNCF. On peut du reste en voir quelques effets récents concernant :

 

Le code régit toute notre vie humaine. Des tisserands lyonnais à la régulation des feux rouges, des « IA » plus ou moins déterministes organisent et contrôlent. Code is Law.

De fait, la machine a asservi l’être humain, puisqu’il doit s’adapter au système. Pourquoi 3 pédales dans une voiture (et pas un frein au volant) ? Pourquoi azerty sur un clavier français ? Pourquoi un formulaire CERFA ?

Parce que le monde physique n’est pas agile. Il ne s’agit donc pas de changer les règles (software) trop souvent puisqu’il faudrait modifier le hardware ; alors, qwerty est toujours employé bien qu’il correspond(ait) à un arrangement des fréquences de lettres dans des mots au 19ème siècle (l’arrangement final est attribué à Remington en 1879) – et pour autant, AZERTY ne correspond à aucune étude d’usage et a été adopté en 1976 par un organisme de standardisation français.  

Figure 1: Clavier dit BEPO, actuellement source d’une consultation de l’AFNOR pour son implémentation (voir http://norminfo.afnor.org/consultation/31290)

La persistance des objets, avec leurs règles immuables, participe du pouvoir temporel accordé aux souverains ; la règle définit l’objet, l’objet définit son emploi. L’homme est un tâcheron de la machine, qu’il soit OS chez Renault ou qu’il conduise l’automobile qui sort de ses chaînes.

L’apparition du software, transnational, modifiable à loisir, dépourvu de garanties dans sa bonne exécution, et illisible pour celui qui originellement écrit le Code (le législateur), est une menace à l’exécution même du SI qui le porte, dans sa forme la plus aboutie, l’État.

Aussi, les plateformes – GAFAM, mais bientôt NATX, BAT, ou quel que soit l’acronyme – concurrencent les médias comme les États dans le contrôle de leur population. Les procès en sorcellerie concernant la diffusion de fake news, les algorithmes de classement de résultats, le débat sur le contrôle des algorithmes ne montrent qu’une chose : que le pouvoir temporel se fait concurrencer dans son contrôle de l’information comme des usages, donc des règles, par des tiers non nationaux. Ses citoyens s’émancipent, prennent des libertés, voire se « libéralisent » (selon le terme anglais empowerment) et le système top to bottom devient de plus en plus compliqué à faire accepter. Quand ce n’est pas le top qui, vivant déconnecté du bottom, se rêve encore à diriger des humains par des objets.

Alors que quelques zélateurs surfent sur les peurs humaines, mêlant anticapitalisme primaire, nationalisme rageux, et intérêts bien personnels (Pierre Belanger, « La souveraineté numérique » – Bernard Stiegler, « Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? » – Eric Sadin, « La siliconisation du monde »), les États poussent mollement des projets dont l’ambition se résume à égaler avec du retard les projets des GAFAM, là où ces derniers ont toujours un coup d’avance.

Néanmoins, Etats comme populations commencent à demander des comptes aux plateformes, et leur responsabilisation : le temps de l’anarchie du web est bien derrière nous, et celui-ci est désormais l’objet de luttes géopolitiques, pour son contrôle comme pour l’information qu’il délivre. Ce faisant, Etats comme populations demandent aux plateformes de se comporter comme des Etats, opérant des pouvoirs régaliens de police ou de justice.  

La CNIL a rendu mi-décembre un rapport sur les algorithmes et ses enjeux éthiques. Si on ne peut que louer ce rapport, issu d’une concertation avec une multitude d’acteurs, il est probable que ce ne sera qu’un pavé qui prendra la poussière sur une étagère. Sauf à se concentrer sur la seule finalité des algorithmes, et à l’encadrer, il sera très difficile, voire impossible, de contrôler ex ante des logiciels “auto apprenant” planétaires dont les développeurs n’ont aucune idée du pourquoi du succès de l’algorithme. Il suffit de voir la victoire d’AlphaGo au Go ou aux échecs, et la réaction des joueurs (“An alien from an alternate dimension”) pour s’en convaincre.

Vous souhaitez être avertis tous les vendredis de décembre des mots de la semaine ? Laissez-nous vos coordonnées.

S'abonner à la liste
Cet article appartient à une enquête
logo business unit

FABERNOVEL INNOVATE

FABERNOVEL INNOVATE explore et construit le futur de vos industries. À la vitesse des startups.

à lire