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Apr 5, 2019 | 6 min de lecture

Tech

Slack, the future workplace

Jeremy Taïeb

Value Analyst


FABERNOVEL ALPHA

Guillaume Gombert

Lead Strategist


FABERNOVEL ALPHA
Après Uber, Tesla et WeChat, Fabernovel consacre une nouvelle étude au décryptage de la licorne tech californienne Slack peu avant son entrée en bourse.

Slack, Lyft, Airbnb, Pinterest, Uber, leboncoin… Toutes ces entreprises devraient entrer en bourse en 2019. Si elles ont la tech comme dénominateur commun, Slack est la seule à s’attaquer exclusivement à un marché B2B. Devenant en 2014 la licorne la plus jeune de l’histoire – détrônée par Bird en 2018 -, Slack vaut aujourd’hui 10 milliards de dollars. Pour comparaison : Amazon est entrée en bourse en 1997 pour moins de 1 milliard de dollars, et a culminé, 20 ans plus tard, à près de 1 000 milliards de dollars.

Si Slack est aujourd’hui connue comme la plateforme qui ringardise les outils de communication, son origine est plutôt étonnante : un cas d’école de « sérendipité ». C’est en effet grâce au développement du jeu vidéo Glitch que Slack a pu voir le jour.  La messagerie intégrée dans Glitch était si prisée des joueurs pour son ergonomie que Steward Butterfield et ses équipes décidèrent d’abandonner le jeu pour lancer l’application de messagerie en 2014. Un virage stratégique réussi.

Rétrospectivement, le secret de sa réussite s’explique à l’aune de 3 stratégies que Slack a su mettre en exécution.

  1. L’écosystème comme levier pour devenir la super app du monde du travail  

Slack s’est construit sur le modèle de plateforme. Pas juste une mise en relation ou la fourniture d’un service, mais une véritable infrastructure offrant  à d’autres la possibilité de créer de la valeur dans son propre environnement.

Slack a su utiliser l’effet de réseau avec brio, en portant une attention toute particulière à son écosystème via une stratégie centrée sur l’ouverture de la plateforme.

Ce sont aujourd’hui 200 000 développeurs actifs qui ont contribué à faire de Slack une des plateformes les plus connectées, avec 1 500 applications disponibles en seulement 3 ans – contre 5 000 (en 15 ans) pour Salesforce ou moins de 10 pour Yammer. Slack démultiplie ainsi sa proposition de valeur initiale – partage et recherche de fichiers, et synchronisation sur tous les appareils –, par les services d’une myriade d’acteurs tiers pour maximiser les interactions entre salariés, données et applications. Un seul but : devenir le guichet unique du monde du travail.

 

  1. L’expérience utilisateur s’invite dans le monde de l’entreprise

 

10 millions d’utilisateurs, 2h30 de temps actif par jour (soit 125 millions d’heures cumulées par semaine) sur Slack. Un tel succès ne peut s’expliquer seulement par sa stratégie d’alliances. C’est l’expérience utilisateur (UX) que Slack a introduit dans le monde de l’entreprise qui apporte un second élément de réponse.

Si Slack ne présente rien de révolutionnaire au premier abord, elle permet de centraliser et de faciliter les échanges en entreprise. Elle combine les avantages du courrier électronique, la réactivité d’une messagerie instantanée et l’accessibilité des réseaux sociaux, le tout présenté au sein d’une belle interface minimaliste. Slack a fait entrer les codes des applications grand public dans les entreprises : une interface et des fonctionnalités simples à utiliser, qui ne nécessitent pas ou peu de formation au démarrage, facilitant ainsi son adoption.

Mais c’est aussi et surtout un nouvel état d’esprit que propose Slack aux employés.  Inspiré par l’univers du jeu vidéo, l’environnement est moderne et convivial comparé aux logiciels d’entreprise plutôt « froids ». Tout est fait pour en créer un usage « fun », à l’image des statuts personnalisés, de l’ajout de nouveaux emojis – Fabernovel en a par exemple 1 200 qui sont devenus un langage propre à  l’entreprise – ou encore du « Slackbot », un robot aux rôles d’animation divers comme mettre en relation 2 employés pour les faire se rencontrer et créer ainsi plus de proximité entre les utilisateurs. Une « branchitude » qui permet même d’être un avantage compétitif pour attirer des talents – à tel point que « slacké », « slacker » ou « un slack » deviennent des mots du langage courant.  

  1. Une plateforme qui transforme les entreprises

 

Pour entrer sur le marché B2B, dans lequel l’email était ultra dominant, Slack a su parfaitement trouver l’adéquation entre le produit et son marché. Si Slack a adapté son produit, l’entreprise est allée un cran plus loin, en transformant aussi le marché pour exécuter sa vision « Where work happens ». Slack ne se considère pas comme une simple entreprise de logiciel, mais comme une solution complète de transformation organisationnelle. Ce sur 3 niveaux.

Au niveau culturel : le logiciel Slack incarne l’ouverture, l’agilité et la tech. Il permet aux entreprises de s’approprier cette nouvelle culture pour devenir à leur tour des entreprises numériques et faire leur la vélocité des GAFA.

Au niveau des structures : Slack accélère le passage d’une l’entreprise pyramidale à une entreprise horizontale où toutes les personnes à tous les niveaux peuvent interagir entre elles avec moins de barrières hiérarchiques. Les entreprises sont ainsi décloisonnées, allant vers plus de transparence et de transversalité. Slack va jusqu’à étendre le périmètre de travail pour embarquer les clients ou freelances avec qui travaillent les entreprises.

Au niveau des processus et des habitudes : Finies les recherches fastidieuses, ou le fait de ne pas savoir à qui s’adresser pour trouver une réponse à son problème. Slack permet aux utilisateurs d’exposer instantanément à tous les membres  d’une #chaîne leurs demandes ou bien de questionner directement Slackbot. En effet, Slackbot est un assistant virtuel qui est nourri aux données et informations que les personnes s’échangent ou lui partagent, et peut être configuré pour automatiser certaines réponses. Par exemple, il suffit de taper dans n’importe quel #chaîne « où manger vers la gare Saint-Lazare » pour que Slackbot se réveille et dégaine une réponse instantanément.

Le logiciel n’est donc plus une contrainte, mais un moyen d’augmenter le potentiel de créativité des employés en passant moins de temps sur des tâches chronophages ou à se disperser, à la recherche d’informations, de fichiers… A condition de bien savoir gérer ce flot d’informations continu et désorganisé ainsi que les multiples notifications.

Au final, Slack est à la fois un coach, un bon pote, un assistant qui transforme les habitudes et les processus de l’organisation.

 

Mais c’est aussi une nouvelle stratégie commerciale : pour infuser son outil et ses nouvelles pratiques, Slack a dû aussi réinventer les approches classiques « top-down » du B2B. La plupart du temps, le premier client de Slack n’est pas le département Achats (top) mais directement les utilisateurs (bottom) – qui n’ont que rarement le choix des outils avec lesquels ils travaillent. C’est la « stratégie du fait accompli » : une fois que Slack a identifié que plusieurs équipes d’une entreprise utilisent activement son outil, Slack peut avancer un argument de poids redoutable : la démonstration que ça marche (la preuve par l’usage) pour l’étendre à toute l’organisation. Plutôt que le B2B, Slack a opté pour le B-2-Employee-2-B.

 

Slack a transformé les entreprises en réinventant l’espace de travail pour faire évoluer les notions de lieu et d’espace, de gestion du temps vers non plus le jadis bureau physique, ou l’ordinateur portable, mais par l’usage d’une plateforme logicielle.

Une valorisation 10x supérieure à celle de Microsoft à son entrée en bourse (1986)

 

La stratégie d’acquisition de clients de Slack s’est avérée payante puisque l’entreprise compte aujourd’hui plus de 10 millions d’utilisateurs journaliers, dont 38% d’utilisateurs payants.

Cette importante communauté, comparable à celle de Microsoft Teams, a permis à Slack de se valoriser jusqu’à 7,1 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds en 2018.

 

A quelques semaines de sa possible entrée en bourse, Fabernovel estime que :

 

  • Dans le cas d’un rachat et en se basant sur ce que Microsoft était prêt à payer pour Slack en 2018, Slack pourrait accepter une offre entre 20 et 30 milliards de dollars grâce aux synergies potentielles avec l’acheteur et la taille actuelle de Slack.

 

  • Dans le cas d’une cotation directe (hypothèse la plus probable), Slack possède encore une forte marge de progression, tant en termes de base client qu’en termes de diversité de solutions. En comparant Slack aux autres acteurs tech et notamment les acteurs Software as a Service (SaaS) dans le B2B, nous estimons que Slack devrait être valorisé 10 milliards de dollars au moment de son entrée en bourse.

 

  • Si le segment Productivity and Business Processes de Microsoft (qui inclut Teams, Office, Azure…) pourrait aujourd’hui se valoriser près de 350 milliards de dollars, avec la même croissance que Microsoft à ses débuts, il faudrait 9 ans à Slack pour dépasser cette barre de 350 milliards. La bataille entre Slack et Teams ne fait que commencer, mais là où Microsoft garde l’avantage de son infrastructure avec Office par exemple, Slack domine par son écosystème d’API et de startups.

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