fabernovel loader

Feb 1, 2019 | 7 min de lecture

Tech

Blockchain : le rescapé du Titanic crypto-monétaire ?

Caroline Martin

Lead Project Manager


FABERNOVEL INNOVATE
Dans l’esprit du grand public, blockchain et crypto-monnaies sont naturellement associées. Si le concept de la blockchain existait en réalité bien avant les crypto-monnaies (la première étude sur le sujet a été publiée en 1991 !), il est vrai que son récent développement a été favorisé par l’adoption de plus en plus massive du bitcoin et autres ethereum, nano ou ripple.  

Le bitcoin ou les altcoins (les crypto-monnaies “alternatives”, donc non-bitcoin) sont tous basés sur une technologie blockchain ou “inspirés” de son fonctionnement. Face au succès, au moins médiatique – du bitcoin – nous sommes régulièrement contactés par des directions d’entreprises qui s’interrogent sur l’opportunité d’utiliser sa technologie sous-jacente pour faire autre chose qu’une monnaie numérique. Et elles ont raison de s’y intéresser. Car si les crypto-monnaies souffrent d’une image sulfureuse à cause du halo de spéculation et d’escroqueries qui les entoure, la blockchain, quant à elle, est encore considérée comme une technologie “vertueuse”. Elle incarne les mêmes valeurs que celles des pionniers du web : la transparence absolue, la décentralisation, la désintermédiation, voire la démocratie. Rien que cela.

Au moment où l’on constate la chute impressionnante du bitcoin – qui s’est écroulé de 66% depuis son pic de valorisation à 16 496 euros (le 17 décembre 2017) pour atteindre 5 559 euros le 16 octobre 2018 (de nombreux altcoins ont chuté encore plus lourdement) – se posent des questions essentielles :

  • La blockchain survivra-t-elle à l’implosion de la bulle des crypto-monnaies (si celle-ci se confirme) ?
  • La blockchain est-elle vraiment la partie la plus intéressante des crypto-monnaies ?
  • Où en sont les projets des grandes entreprises basés sur la blockchain ?

Tout d’abord, un petit rappel technologique (via Wikipédia) :

Une (ou un) blockchain, ou chaîne de blocs, est une technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle. Techniquement, il s’agit d’une base de données distribuée dont les informations envoyées par les utilisateurs et les liens internes à la base sont vérifiés et groupés à intervalles de temps réguliers en blocs, l’ensemble étant sécurisé par cryptographie, et formant ainsi une chaîne.

Concrètement, une blockchain est une base de données sécurisée et répliquée chez tous les utilisateurs pour éviter de passer par un organe centralisé (souvent accusé par les “crypto-activistes” comme représentant un risque de contrôle politique). Aujourd’hui, même si les bases de données du web sont répliquées pour éviter les défaillances (c’est-à-dire hébergées à plusieurs endroits du globe) elles sont bien souvent contrôlées par un seul acteur. Ainsi, seul Facebook contrôle la base de données de ses utilisateurs, même s’il dispose de plusieurs datacenters dans le monde. En distribuant le contrôle et la gouvernance des bases de données, voire de certaines applications web (smart contracts), la technologie de la blockchain promet de rendre Internet plus transparent.

A l’heure où les GAFAM disposent d’un contrôle de plus en plus serré sur notre vie numérique, et face aux scandales que cela génère, on comprend facilement l’attrait de cette technologie.

Les critiques récurrentes adressées aux crypto-monnaies commencent cependant à atteindre la blockchain. L’économiste de la New York University Nouriel Roubin, est l’un des plus fervents détracteurs des crypto-monnaies : il ne pense pas beaucoup de bien de la blockchain. Sur son compte Twitter, il n’hésite pas à affirmer que cette technologie vaut à peine plus qu’un spreadsheet excel (certains fans de la suite Office seraient tentés de répondre que ce n’est déjà pas si mal…).

En toute objectivité, quelles sont les principales critiques adressées à la blockchain ?

  • Son manque d’efficacité : parce que le concept même de blockchain signifie que chaque transaction doit être validée par une majorité d’utilisateurs pour être vraiment “démocratique” et sécurisée (les seules attaquent possibles étant alors appelées des “51% attacks”), la vérification d’une opération prend bien évidemment plus de temps que pour une base de données centralisée. Alors que de plus en plus d’ONG (et d’utilisateurs !) s’interrogent sur l’impact de notre “empreinte numérique” cette question est très loin d’être triviale. En effet, on estime que, pour fonctionner, le bitcoin nécessite autant d’électricité que l’Autriche, la 28ème économie mondiale. Ethereum autant que le Nigeria.
    Au-delà de ce problème énergétique, le bitcoin ne permet de réaliser que 7 transactions par seconde, quand le litecoin (une cryptomonnaie similaire mais plus récente) avance le chiffre de 56. Visa garantit que son réseau peut atteindre 56 000 transactions par seconde (chiffre qui n’est par ailleurs jamais atteint, même en période de pic). Alors, si les crypto-monnaies les plus récentes avancent des chiffres de l’ordre du millier, en terme d’efficacité il sera toujours plus lourd de passer par un réseau décentralisé qu’un réseau centralisé. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

– Sa transparence : pour être chimiquement “pure”, une blockchain se doit d’afficher de manière publique ses transactions. C’est le cas notamment pour le fonctionnement de la blockchain bitcoin. Or, on a du mal à imaginer comment et pourquoi une société déciderait d’afficher son back-office au public… Dans la plupart des pays, ce serait d’ailleurs tout simplement illégal. C’est pourquoi la plupart des blockchains utilisées par les entreprises sont en réalités des blockchains privées, qui nécessitent  une identification spécifique pour y accéder (identification qui est elle-même centralisée). C’est le cas pour le consortium R3, une initiative de place des grandes banques internationales pour tester des cas d’usages entre elles (par exemple sur les transferts). Par leur privatisation, ces blockchains perdent leur intérêt sur la transparence – elles sont d’ailleurs régulièrement attaquées sur les forums par les crypto-activistes comme étant des escroqueries. Enfin même une blockchain publique comporte des risques de manipulation. Ainsi, on peut imaginer que suffisamment d’utilisateurs se mettent d’accord, via un réseau sécurisé comme Telegram pour falsifier des opérations. Le code informatique qui régit une blockchain est-il lui même public ? Même lorsque c’est le cas, combien d’utilisateurs sont réellement en mesure de le comprendre ? Bref, la blockchain ne règle pas tous les problèmes de concentration et de contrôle de l’internet 2018.

Chez FABERNOVEL, nous en sommes convaincus : la technologie n’est pas pour autant dénuée d’intérêt. A condition de la recentrer sur les cas d’usages qui sont pertinents avec son fonctionnement. Ainsi, on peut – et c’est paradoxal – douter que les banques, qui traitent des millions de transactions par jour avec une bonne fiabilité (le taux de fraudes étant faible et le coût pour l’utilisateur final faible), aient vraiment intérêt à basculer l’ensemble de leur registre de comptes sur blockchain. Les institutions financières ne sont pas épargnées par les critiques, mais la blockchain saura-t-elle vraiment y répondre (la prévalence de la banque d’investissement sur la banque de détail, les paradis fiscaux, la non-transparence des investissements) ?

Car il s’agit là de questions de gouvernance et de stratégie, voire de contrôle citoyen. Mais pas d’infrastructures technologiques.

En présentant la blockchain comme une révolution démocratique et technologique, les crypto-activistes ont brouillé les pistes sur les vraies qualités de la technologie et, ce faisant, ont créé de la déception.

Le véritable point de départ pour toute entreprise qui souhaiterait se lancer ? Trouver un cas d’usage nécessitant une transparence totale des transactions, avec des échanges qui gagneraient à être automatisés, mais sans se compter par millions.

Votre projet est un bon candidat…

 

  • …quand il est de nature transactionnelle ou nécessite des transactions pour fonctionner ; ainsi des projets de place de marché, d’échange P2P entre des utilisateurs qui ne se connaissent pas, voire de plusieurs places de marchés entre elles sont des bons candidats ;
  • …quand plusieurs acteurs souhaitent travailler ensemble, et qu’ils utilisent des standards différents, il faudrait théoriquement un tiers de confiance, une chambre de compensation pour sécuriser les échanges. Une blockchain autogérée, à l’aide de smart contrats peut jouer ce rôle, d’autant plus qu’elle appartiendra à tous les acteurs.
  • …quand votre projet pose des questions au niveau de la confiance qu’ont les acteurs à travailler entre eux. La blockchain peut sécuriser vos utilisateurs, qui garderont une trace de leurs transactions sur un registre inviolable.

Des projets comme WePower sont un excellent exemple de cas d’usage de blockchain. Il s’agit d’une infrastructure de “smart contrats” pour l’énergie, qui permet aux producteurs d’énergie renouvelable de lever de l’argent avant le lancement de leur projet et surtout de contractualiser rapidement avec le distributeur. Dans un futur que l’on espère proche, où la production de l’électricité sera sans doute beaucoup plus décentralisée qu’actuellement, les contrats qui seront passés entre les foyers disposant de panneaux électriques et les distributeurs seront automatisés (car dépendant de la capacité de production en temps réel des foyers). Et pour que le marché de l’énergie soit le plus efficient et transparent possible, il faudra aussi qu’ils soient publics (en tout cas les termes du contrat à défaut de la totalité de celui-ci). La blockchain répond à ces deux contraintes.

Dans un prochain article nous ferons un focus sur le meilleur et le pire des projets blockchains, avec des retours d’expériences sur la pertinence du choix de la blockchain.

 

Intéressé pour parler de ces sujets ?

 Contactez Caroline Martin.
logo business unit

FABERNOVEL INNOVATE

FABERNOVEL INNOVATE explore et construit le futur de vos industries. À la vitesse des startups.

à lire