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Apr 25, 2019 | 6 min de lecture

‎Économie

Tesla à un tournant de son histoire, résultats financiers T1 2019

Jeremy Taïeb

Value Analyst


FABERNOVEL ALPHA

Joachim Renaudin

Senior Project Analyst


FABERNOVEL INNOVATE

Définir la mobilité du futur : un défi encore à relever pour Tesla

Sans grande surprise suite à la pré-publication des résultats de Tesla le 11 avril, les ventes de Tesla sont en-dessous des attentes ce trimestre. En cause : des volumes de livraison plus faibles que prévus, le remboursement d’une obligation de près d’un milliard de dollars, mais également un mix de ventes entre les modèles 3, S et X qui tend vers une hégémonie du modèle 3. Cette augmentation de la demande pour la dernière-née de Tesla fait ainsi passer l’entreprise à un modèle plus grand public qui génère donc des volumes plus importants, tout en gardant une marge brute importante (20.2% contre 12.2% pour General Motors par exemple).

Ainsi, malgré une augmentation de 33% de son chiffre d’affaires pour le premier trimestre (par rapport à l’année dernière), Tesla reste largement en dessous des attentes des analystes (-14.3%).

D’autre part, Tesla devrait tout de même tripler ses ventes pour égaler celles des géants automobiles traditionnels, dont la croissance des ventes reste globalement plate (+2% pour General Motors, -3% prévus pour Renault ou -3% pour BMW par exemple).

Cependant, Tesla rassure toujours en expliquant que l’entreprise devrait générer du profit pour le troisième trimestre de 2019 et ce, après la perte d’un crédit pour les voitures électriques annoncé il y a quelques semaines.

Afin d’expliquer les faibles résultats de ce trimestre, Elon Musk explique que l’entreprise n’a pas su gérer la forte demande pour les modèles 3 en ce début d’année, avec près de 63 000 exemplaires du modèle 3 construits contre seulement 51 000 livrés, soit seulement 81% de voitures livrées. Tesla s’attend tout de même à compenser ce faible trimestre par une livraison de 90 000 à 100 000 véhicules pour le second trimestre

Tesla ne mise cependant pas que sur de la construction traditionnelle puisque, au-delà de proposer des voitures électriques nouvelle génération, Tesla investit aussi dans la voiture autonome sous forme de système embarqué. Si l’entreprise joue la carte de l’indépendance sur ce point, le pari reste risqué, notamment face à la forte concurrence de Waymo.

Le changement de modèle économique de Tesla

Model 3 was yet again the best-selling premium car in the US in Q1, outselling the runner-up by almost 60%

 

Tesla est à un tournant de son histoire. Ses ventes ne sont désormais plus équilibrées entre ses différentes voitures : les modèles 3 représentent plus de 80% des ventes de l’entreprise. Dans la continuité de cette stratégie, Tesla a aussi annoncé en mars dernier l’arrivée d’un modèle Y, un SUV seulement 10% plus cher que le modèle 3, qui reste le modèle le moins cher de la marque (35 000 dollars contre 109 000 dollars pour le modèle X). L’entreprise opte donc aujourd’hui pour une stratégie de volume qui contraste avec son modèle historique.

Cette stratégie – moins axée sur la marque premium – peut paraître surprenante mais elle était déjà annoncée en 2006 dans le  plan directeur ou “Master Plan” de Tesla sur le long terme (nous y faisions référence dans notre étude Tesla, uploading the future).  Elle alerte néanmoins certains investisseurs qui n’hésitent pas à “shorter” le titre (c’est-à-dire à parier pour que l’action Tesla perde de sa valeur).

Avec un taux de position “short interest” de près de 20%, Tesla inquiète beaucoup plus que les entreprises tech comme les GAFA, dont le taux de short est inférieur à 1%, ou de l’industrie automobile comme General Motors (moins de 2%).

Néanmoins, si le nombre de véhicules livrés déçoit ce trimestre, notons que le premier trimestre est toujours plus faible sur ce point que le reste de l’année, et que les livraisons de modèle 3 restent importantes (51 000 modèles 3 contre 8200 il y a un an). Tesla a d’ailleurs annoncé viser entre 90 000 et 100 000 véhicules en livraison pour le deuxième trimestre 2019.

 

Des attentes particulièrement hautes pour Tesla

These factors which occurred in Q1, we do not expect to repeat in Q2,and we expect our quarter-ending cash balance to continue to increase going forward – Tesla

Sur le secteur de la construction automobile, Tesla fait figure d’exception. L’entreprise est aujourd’hui valorisée 3 fois ses ventes (contre moins de 1 fois pour ses concurrents comme Renault, Ford et General Motors). Cette différence de valorisation est dûe aux faibles ventes de Tesla en comparaison avec les autres constructeurs automobiles mais aussi et surtout du potentiel de croissance de Tesla dans les années à venir. C’est dans cette optique de croissance que les investisseurs cherchent à investir.

Cette valorisation illustre aussi, dans une autre mesure, la confiance qu’ont les actionnaires en Elon Musk et ce, malgré les polémiques et son récent bras de fer avec la SEC (annonce de la privatisation de Tesla, publication officieuse de résultats…).

Les investisseurs s’attendent aussi à de forts résultats financiers sur le court terme, que semblaient confirmer la récente performance de Tesla (+120% de C.A au T4 2018) et la croissance exponentielle de l’entreprise.

Mais ce premier trimestre marque un retour en arrière attendu avec “seulement” 33% de croissance du chiffre d’affaires ce trimestre par rapport au Q1 2018. De plus, une forte utilisation de liquidités (près de 1 milliard de dollars) place Elon Musk dans une position où l’entreprise ne peut pas encore s’auto-financer et annonce désormais un profit au T3 au lieu du T2. Les investisseurs ont néanmoins été rassurés: Elon Musk reste ouvert à une augmentation de capital afin de renflouer les caisses de Tesla qui ne comptent à aujourd’hui plus que 2.2 milliards de dollars.

La voiture autonome de Tesla, un pari risqué

A custom-made robotaxi capable of running about a million miles using a single battery pack, with all the sensors and computing power for full autonomy, should cost less than $38,000 to produce – Tesla

Tesla se positionne très différemment des autres constructeurs de voitures autonomes.

D’une part, Tesla envisage de lancer 1 million de voitures autonomes en concurrence à Uber ou Lyft, avec un positionnement moins cher (pour un coût de production inférieur à 38 000 dollars) et permettant au prêteur de voiture de générer du revenu (environ 30 000 dollars par an).

D’autre part, grâce à son parc de voitures déjà en circulation, Tesla peut renforcer ses algorithmes en alimentant ses bases de données en permanence.

Ainsi, contrairement aux constructeurs automobiles traditionnels, dont les voitures perdent de la valeur au cours du temps, Tesla améliore ses voitures grâce à l’intelligence artificielle. Une stratégie insuffisante si l’on en croit Morgan Stanley qui valorise Waymo, filiale de Google spécialisée dans les voitures autonomes, plus de 175 milliards de dollars. Il s’agit d’une valorisation 3 fois plus importante que celle de Tesla, sans même produire la moindre voiture. Tesla a d’ailleurs organisé une conférence le 22 avril pour rassurer ses investisseurs sur le sujet de la voiture autonome afin de contrebalancer un trimestre plus bas que prévu. La conférence a permis à Tesla de présenter la nouvelle puce annoncée fin 2017, qui permet à l’entreprise de ne pas passer par des prestataires externes comme Nvidia pour sa voiture autonome. La conférence n’aura malgré tout pas eu les effets escomptés à cause de l’incendie d’une Tesla à Shanghaï le même jour, qui a fait chuter l’action de 4%.

La vision de Tesla est très clairement disruptive et on comprend facilement l’engouement autour d’Elon Musk. Mais en pariant sur Tesla, les investisseurs font confiance à son CEO au tempérament explosif qui en inquiète beaucoup (cf le départ de 4 de ses 11 directeurs et de son bras de fer avec la SEC par exemple). Le sort semble aussi s’acharner sur Tesla qui a vu l’une de ses voitures prendre feu à Shanghaï au moment du passage à l’échelle en Chine avec la création de la première usine Tesla hors Etats-Unis.

 

Face à l’actualité explosive – pression des résultats trimestriels décevants et modèles S qui prennent feu – Musk détourne l’attention, et axe sa communication sur le long terme avec la voiture autonome et Tesla Network. En bref : Tesla veut être à la fois Mercedes, Waymo et Uber. Séduisant sur le papier, mais les contraintes à court terme du constructeur automobile Tesla pourraient l’empêcher d’investir suffisamment dans le logiciel et l’acquisition client pour battre à la fois Waymo et Uber. Comme souvent, Musk à les yeux plus gros que le ventre de Tesla. Nous surprendra-t-il une fois de plus?

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