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Nov 7, 2017 | 7 min de lecture

‎Économie

Quand la Chine aura conquis le monde

Julien Breitfeld

Data Architecture Director


FABERNOVEL INNOVATE
Partant du proverbe chinois, "en causant, durant une nuit, avec un Sage, on profite plus qu'en étudiant durant dix ans", nous avons fait le déplacement en Chine, afin de nous rendre compte par nous-mêmes de la révolution qui secoue la planète.

Bien entendu, ce que nous avons rapporté de notre Learning Expedition est parcellaire : nous n’avons rien vu de la Chine, comme nous n’avons rien vu de Shanghai, la ville où sont dorénavant situés les bureaux de FABERNOVEL en Asie (imaginez-vous, la moitié de la superficie de l’Ile de France pour 28 millions d’habitants).

Néanmoins, de la veille que nous faisons continuellement aux explications que nous ont apportées nos nouveaux collègues, de nos expérimentations sur place aux rencontres de startups, investisseurs, gestionnaires de coworking, incubateurs, étudiants, chercheurs, salariés, chinois, expatriés, tout concorde à un faisceau de preuves : le XXIème siècle sera chinois, comme le XIXème fut européen et le XXème américain.

Révolution ?

De The Economist qui titre sur Xi Jinping, dans son édition du 14 Octobre « l’homme le plus puissant du Monde», au Time, dont la couverture du 14 Novembre prochain, proclame « La Chine a gagné », il devient évident que la donne géopolitique a drastiquement changé en moins de 20 ans. Deux décennies, c’est le temps qu’il a fallu à ce pays, membre des BRICs, pour passer d’économie « émergente » à nouveau leader mondial.

 

Ce qui frappe lorsqu’on parle de Chine, ce sont les nombres. Bien sûr, avec une population de 1,3 milliards d’individus, un territoire de 9,5 millions de km², l’échelle – le « scale » si cher aux startups – est patent. Mais dans sa course au développement, tout est gigantesque : première croissance du monde, détrônant de peu les USA en termes de RNB, les surpassant sur l’aide au développement des PVD, la Chine est leader en production d’énergie solaire, tout comme en milliardaires : 2000 personnes concentrent actuellement une richesse équivalente à l’économie britannique.

Pour autant, la Chine est toujours communiste, et pas au sens où les occidentaux l’entendent. Et la Chine n’est pas une démocratie, au sens où les occidentaux l’entendent. La Chine est une planète propre sur la planète, avec sa langue (qui est elle-même indéchiffrable pour une bonne partie de sa population ; si le chinois moyen peut vivre une vie normale avec 3 000 sinogrammes, un lettré pourra en maitriser 20 000), ses codes, sa culture, imperméables aux cultures occidentales car, a minima, non basée sur les religions révélées.

Le 19ème Congrès du PCC qui s’est achevé en Chine aura vu le couronnement de Xi Jinping, réélu pour 5 ans à la tête du Parti, au titre de Secrétaire Général. Le nouveau maître du monde y a intelligemment amorcé des réformes structurelles, visant à la fois à contenir ses propres opposants et à amadouer le reste du monde. Et c’est particulièrement chez les jeunes générations, qu’elles soient chinoises ou occidentales, que le revirement se fait sentir ; ainsi, une étude du Pew sur la perception de la Chine en tant que puissance mondiale fait ressortir que les personnes les plus favorables sont les 18-29 ans.

 

L’infrastructure : la clé de l’hégémonie mondiale

C’est que la Chine, à l’inverse des Etats-Unis, se déploie à l’international à sa manière : elle n’est officiellement pas dans la course à l’Empire, mais elle en a la stratégie, tout en rondeur. Son hégémonisme passe par la construction de ponts entre l’Asie et l’Occident, au travers du pharaonique projet « One Belt One Road »(cf. documentaire Arte) visant à construire deux routes entre les deux continents : une route terrestre, ferrée notamment, et une route maritime, pour un investissement annoncé de 1 000 milliards de dollars.

De fait, il s’agit de développer les accès au monde et à son économie, en simplifiant et rationnalisant l’infrastructure.

Car c’est bien de ça qu’il s’agit, d’infrastructure. Lorsqu’on regarde son éternel rival, l’Inde, c’est au niveau de l’infrastructure que se fait la différence. Infrastructure que l’on retrouve de l’autre côté de l’Atlantique, où c’est cette maîtrise qui fait le succès d’un Amazon, d’un Google ou d’un Facebook.

Cette maîtrise de l’infrastructure découle de la taille du pays lui-même : on y gère non des populations, mais des stocks et des flux. Que penser d’un pays qui, à l’occasion de la dernière semaine d’or (période de vacances en octobre), a vu le déplacement de 700 millions de personnes ?

Cette maîtrise de l’infrastructure se répercute également sur le système d’information chinois ; très tôt, le gouvernement a décidé que les géants US des télécom ou de l’informatique n’étaient pas les bienvenus. Depuis les versions locales de Windows au Great Firewall of China, les autorités ont cadenassé les TIC à leur avantage : politique bien sûr, mais également économique.

 

GAFA VS BATX ?

Combiné à leur génie de la copie, et aujourd’hui de l’innovation, les Chinois dressent désormais sur la route des GAFA de sérieux concurrents :

Tencent, qui détient le Facebook chinois, fort de 800 millions de membres, qui inspire au géant US le principe du don d’argent (les fameuse « Red Envelopes »)

Alibaba, seul rival possible d’Amazon, dont la valorisation a progressé de 250 milliards de dollars en une année, captant 75% du marché du eCommerce chinois, et décidant d’investir $15 milliards en R&D jusque sur le territoire US.

 

Baidu, un temps appelé le Google chinois pour les répliques de services qu’il propose, qui fait le pari de la voiture autonome et a récemment lancé une plateforme Open Source appelée Apollo,

Et les annoncent se succèdent, tantôt la Chine détrônera l’industrie américaine des robots, tantôt elle surpassera celle de l’Intelligence Artificielle (la Chine est la première nation en termes d’investissements sur l’IA, et le gouvernement en a fait une priorité nationale).

Si les entrepreneurs chinois ont vite compris et adopté le principe des plateformes, c’est que derrière, la Chine est également une plateforme. De son économie, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est que toutes ses entreprises bénéficient d’investissements « du gouvernement », lequel protège donc, par un nationalisme doublé d’un protectionnisme ses pépites du reste du monde.

Mieux, chacun de ses citoyens est un ambassadeur potentiel de l’infrastructure : pour capter le consommateur sur le sol français, le Printemps adopte Alipay, le système de paiement d’Alibaba concurrent d’un Visa/Mastercard. Mieux, le QR code, qui n’a jamais pris en Occident, se retrouve démocratisé via le déploiement de flottes de vélos « dockless » dans les rues de Washington ou de Paris.

A l’heure où seuls 6% des citoyens chinois sont détenteurs d’un passeport, capter ces publics en déplaçant leur monde, leur culture, leurs usages, dans les nôtres est un enjeu colossal : 135 millions de déplacements à l’étranger se sont effectués en 2016 ; 200 millions de chinois sont attendus dans quelques années dans nos territoires, autant de chocs culturels…

Il est alors impropre d’opposer les GAFA et ceux qu’on nomme les BATX (Baidu, Tencent, Alibaba, Xiaomi) : la Chine est un GAFA à elle-seule, alliant le politique et l’économie, maîtrisant son territoire comme son influence, ayant compris que l’infrastructure est un outil qu’elle est sommée de contrôler.

 

Gagner le futur

Comme le suggère le Financial Times, parlant de Jinping comme d’un autocrate léniniste, les racines de la victoire chinoise sur l’Ouest sont à chercher dans l’économie occidentale elle-même :

Second and far more important, the West (fragile as it is today) has to recognize — and learn from — the fact that management of its economy and politics has been unsatisfactory for years, if not decades. The west let its financial system run aground in a huge financial crisis. It has persistently under-invested in its future. In important cases, notably the US, it has allowed a yawning gulf to emerge between economic winners and the losers. Not least, it has let lies and hatred consume its politics.”

Peu après l’élection de Donald Trump, un diplomate chinois déclarait :

If it’s necessary for China to play the role of leader, then China must take on this responsibility ”.

Prenant acte de la fin de l’Empire américain, La Chine s’est éveillée, selon les mots d’Alain Peyrefitte, et elle serait sur le point de « gagner le futur » selon l’éditorial du Time. Pour autant, l’histoire est faite d’accidents et de surprises, et rien n’est jamais sûr. Ne voit-on pas, de façon surprenante, le réveil de l’Arabie saoudite qui veut sa part de modernité, avec un projet lui aussi pharaonique ?

Une chose est sûre : alors que les Etats-Unis se débattent avec leurs géants GAFA, qui sapent sa structure tout en la nourrissant, la Chine se confond dans son infrastructure, et elle avance, inexorablement.

 

De tout ce que nous en avons vu, nous essaierons de décrire le mieux possible son fonctionnement, afin d’apporter un regard constructif sur ce monde des possibles qui s’ouvre à nous. Constructif, mais critique et valorisant au mieux les intérêts des parties. Parce que, pour suivre le Financial Times, l’Occident a surement beaucoup à y apprendre. Mais pas à subir.

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