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Jan 4, 2018 | 18 min de lecture

‎Économie

L'Afrique, terre d'innovation

Abderrahmane Chaoui

Senior Project Analyst


FABERNOVEL INNOVATE
La scène tech africaine a le vent en poupe. Soutenue par des gouvernements volontaristes qui ont permis notamment le raccordement des pays aux réseaux de fibres sous-marins et inspirée par des success stories récentes, la scène tech africaine s’affirme de jour en jour, avec comme fer de lance une licorne, Jumia, mais surtout de nombreuses startups de la « Silicon Savannah » et de Lagos qui rivalisent d’innovation et parviennent à faire parler d’elles en Occident.

Dans la plupart des pays d’Afrique, il y a aujourd’hui plus de mobiles que d’habitants adultes. Au Kenya, d’après l’autorité nationale régulatrice des télécommunications (CAK), le nombre d’abonnements s’élève à 38,9 millions en 2016 pour une population de 28 millions d’adultes de plus de 15 ans (environ 48 millions de personnes au total). D’un point de vue plus général, le réseau mondial des opérateurs de téléphonie mobile GSMA estime que le nombre d’abonnés africain est en hausse de 70% depuis 2010 et le think thank Idate estime que la contribution de l’industrie du mobile à l’économie de l’Afrique sub-saharienne passera de 95,5 milliards en 2015 à 111 milliards de dollars en 2019. Si on atteint aujourd’hui un tel taux d’équipement, c’est parce que, comme en Chine, le mobile se prête particulièrement bien aux spécificités du continent :

  • Un taux d’analphabétisme élevé auquel profite l’usage de la voix (VoIP, assistants vocaux…)
  • Une densité de population très faible avec des foyers parfois très éloignés des centres urbains et des commodités qu’on y trouve (travail, soins, etc.)
  • Une difficulté de projection financière des individus auquel répond parfaitement le modèle du pay per use
  • Et enfin un manque d’infrastructures auquel se conforme le déploiement du mobile, technologie de rupture qui se suffit à elle-même

L’avènement du mobile impose de nouvelles façons de communiquer, de consommer et de penser. Ainsi, de nouveaux services innovants émergent, répondant aux besoins locaux de façon simple tout en se conformant aux usages et spécificités locales. Dans de nombreux cas, ces besoins correspondent pourtant à des fonctions régaliennes censées être assurées par l’Etat et naissent d’un manque d’infrastructures basiques (accès à l’eau, l’électricité, aux services bancaires de base…). Et c’est justement la force du numérique que de pouvoir transformer des enjeux en opportunités.  C’est là le grand défi et la grande opportunité qui s’offre à l’Afrique : inventer. Le continent a l’occasion de définir ses propres standards et de dessiner sa trajectoire de développement à sa façon.

 

La promesse africaine

 

L’Afrique est une promesse, une invitation à l’innovation pour tous ceux qui savent et veulent imaginer l’Afrique de demain.

Les contraintes et les défis de ce continent sont un terreau fertile à la créativité et l’innovation. L’Afrique est en effet contrainte de concevoir des solutions nouvelles pour faire sans les infrastructures élémentaires sur lesquelles reposent la plupart des produits et services développés en Occident et cela donne lieu à des initiatives exceptionnelles.

 

L’exemple de M-PESA:

Lancé en 2007 par Vodafone pour Vodacom et Safaricom, l’entreprise nationale de télécommunication du Kenya, M-Pesa (M pour mobile, Pesa signifie argent en Swahili) a été initialement conçu pour permettre le remboursement de dettes de micro-crédits par téléphone, avec la promesse de réduire les coûts liés à la gestion du cash (transport, risques …) et de pouvoir appliquer un taux d’intérêt plus faible (les virements de centimes étant rendus possibles). Le lancement d’un pilote de cette version a permis de mesurer l’appétence de la population pour un tel service et incité Safaricom à étendre l’offre à un système de transfert d’argent. Le système s’appuie sur un réseau de commerces partenaires répartis dans tout le pays vers lesquels se tournent les utilisateurs pour créditer ou débiter leur comptes mobiles contre de l’argent liquide. Ce service a facilité les paiements entre particuliers, se montrant adapté à l’éclatement des familles entre zones rurales et urbaines, comme les transactions commerciales, devenant une alternative plus sûre aux échanges en cash. En quelques années ce système de paiements virtuels a remplacé l’argent liquide pour bon nombre de commerces et agences gouvernementales. Il permet aujourd’hui à 70% de la population d’avoir accès à des services bancaires basiques et prend en charge 9 milions de transactions quotidiennes, ce qui représente 25% du PIB national. Et les bénéfices de M-Pesa s’étendent à l’ensemble du pays. Une étude a montré récemment que les foyers ruraux ayant adopté M-Pesa ont vu une augmentation de leurs revenus de l’ordre de 5-30%. Par ailleurs, ce système a permis l’éclosion d’un nombre important de startups qui ont pu baser leur modèle de revenus sur la plateforme de paiement. M-Pesa en accueille d’ailleurs désormais une partie dans son incubateur de Nairobi.

Source : The Independant

M-Pesa est une plateforme et tire sa force des 4 super pouvoirs décrits dans notre étude Gafanomics saison 02 (lien vers l’étude). Premièrement, le système repose sur un réseau de commerçants indépendants qui a rapidement dépassé le nombre d’agences bancaires du pays. En 2010, 3 ans après le lancement de la plateforme, le réseau comptait 17600 partenaires contre 840 agences bancaires. Dans un tel modèle, ajouter un nouveau commerçant à son réseau a un coût marginal nul quand construire une nouvelle agence bancaire représente un investissement conséquent. M-Pesa est une entreprise infinie.

Deuxièmement, M-Pesa a su se transformer rapidement et ajouter de nouveaux services bancaires à sa plateforme. Proposant désormais des prêts et des produits d’épargne à ses utilisateurs. Il est également possible de payer ses salaires ou régler sa facture via M-Pesa. La plateforme a su grandir en même temps que les usages de ses utilisateurs se transformaient. C’est une entreprise temps-réel.

M-Pesa créé de la valeur en autorisant des micro-paiements pouvant aller jusqu’à $0,10cts. La plate-forme parvient à gérer simultanément une multitude de micro-deals à faible valeur individuellement où qu’ils soient. M-Pesa est par ailleurs désormais utilisé par les entreprises et les startups qui fondent leur modèle de revenus sur cette plateforme. M-Pesa est une entreprise magnétique.

Enfin, la plateforme recueille une quantité importante de données sur ses utilisateurs et peut, demain, utiliser ces données pour personnaliser au maximum ses services à ses utilisateurs. Elle a tout pour être une entreprise intime.

Source : CNN

La réunion de ses « 4 superpouvoirs » fait de M-Pesa une entreprise qui a tout pour réussir dans la nouvelle économie. De sa création sur un modèle de test and learn à son business model innovant reproduisant la structure gagnante des grandes plateformes du numérique, M-Pesa est caractéristique d’une entreprise du nouveau monde. Elle a été pionnière des systèmes de paiements par mobile en concevant un modèle adapté aux spécificités locales, qui répond à de vrais enjeux de développement pour le pays, et dont la réalisation a été menée sur un mode innovant, source d’inspiration en lui-même pour les entreprises françaises. Mickael Joseph, ancien directeur de Safaricom et à l’origine du lancement de M-Pesa, est aujourd’hui directeur du service Mobile Money du groupe Vodafone, afin de faire profiter l’ensemble du groupe des apprentissages de cette démarche. Et c’est toute la promesse qui est faite aux entreprises françaises en Afrique, celle d’aller inventer le monde de demain tout en apprenant de cette démarche.

 

Une promesse qui n’attend pas

 

Il ne faut pas se montrer surpris que les géants du numérique, bien conscients du potentiel d’innovation et de croissance du continent et frustrés de leur échec à traverser la muraille de Chine, s’emparent eux aussi de cette promesse alléchante. Les grands acteurs qui façonnent le monde de demain avancent leurs pions sur l’échiquier africain et adoptent différentes stratégies :

 

  • Pallier le manque d’infrastructures

Face au constat de l’enclavement des zones rurales africaines, dépourvues de connectivité, deux initiatives assez controversées ont vu le jour. Les projets Google Loon et Facebook Free Basics visent à offrir un internet gratuit à cette cible de population très enclavée et à l’écart du développement du monde. Par l’intermédiaire de ballons envoyés dans la stratosphère qui jouent le rôle d’antennes relais pour Google ou de drones à batterie solaire et de satellites pour Facebook, le but poursuivi par ces deux géants est de se substituer au rôle des Etats en offrant à tous l’accès à cette infrastructure devenue basique : internet.

Si l’idée est noble sur le papier, ces deux initiatives ont essuyé plusieurs critiques émanant des entrepreneurs africains notamment.

Car parmi les bénéficiaires de cet internet gratuit, rares sont ceux qui découvrent l’utilisation d’internet pour la première fois. L’internet gratuit est de fait souvent utilisé pour dépanner une fois son forfait épuisé… Rien de nouveau donc.

Par ailleurs, des associations comme la Paradigm Initiative au Nigeria soutiennent fort justement que cet internet gratuit doit être accompagné d’un travail sur le terrain visant à former les personnes à son utilisation, si on veut qu’il soit utilisé de façon profitable.

Enfin, une critique persistante essuyée par Facebook en Inde et en Afrique porte sur le côté restrictif de l’internet proposé par opposition à la logique d’ouverture et de liberté dans laquelle il a été conçu initialement.  

Face à ces initiatives et leurs limites, une startup Kenyane, BRCK, a conçu un dispositif moins controversé et tellement efficace qu’il est aujourd’hui utilisé au Wisconsin aux Etats-Unis. Nous y reviendrons plus loin.

 

  • Le capacity building

D’autres entreprises, parfois les mêmes, ont choisi de capitaliser sur les utilisateurs africains et leur capacité à outrepasser les difficultés structurelles qui les entourent. Que ce soit par la mise à disposition de technologies ou le développement de compétences en vue de créer, demain, les conditions d’émancipation du continent, ces tactiques répondent à une même stratégie de capacity building. Ainsi, IBM a lancé son projet « Lucy » en 2014 et met sa solution d’intelligence artificielle Watson à disposition des chercheurs d’IBM en Afrique et des partenaires académiques et scientifiques locaux pour tenter de trouver des solutions aux principaux défis du continent africain grâce à l’IA et au Big Data : Santé, Eau potable, éducation, mobilité et agriculture.

Certaines expérimentations sont menées à Lagos notamment où le maire de la ville a commencé à utiliser le big data pour réguler le trafic routier.

Google a également annoncé lors de la visite de Sundar Pichai à Lagos cet été son initiative Digital Skills for Africa visant à former 10 millions d’africains à de nouvelles compétences digitales. Pichai a également annoncé la dotation de la part de Google.org d’un budget de 20 millions de dollars à distribuer aux initiatives innovantes visant à améliorer le quotidien des personnes. Pour conclure sa visite, le CEO a annoncé l’ouverture d’un second accélérateur, à Lagos, prenant des participations de l’ordre de 3 millions de dollars et offrant un accompagnement à 60 startups africaines pendant 3 ans, ainsi que le lancement de nombreux produits Google adaptés aux spécificités locales (bas débit, faibles infrastructures, etc.).

 

  • L’exploitation de l’innovation locale

Enfin, la dernière démarche consiste à créer localement les conditions propices à l’innovation afin de l’exploiter à l’échelle du groupe. Les entreprises qui choisissent cette option considèrent qu’il y a déjà suffisamment à gagner à s’appuyer sur cet écosystème local, assez mature pour développer des initiatives innovantes à diffuser à l’ensemble du groupe. Ainsi SAP a annoncé investir 500 millions de dollars d’ici à 2020 afin de financer l’innovation en Afrique et a annoncé l’ouverture d’un laboratoire de co-innovation en Afrique du Sud.

Les opérateurs télécoms jouent également un rôle actif dans l’innovation locale, tout d’abord comme incubateurs, à l’instar d’Orange au Sénégal ou MTN au Nigeria, ou en  finançant  les start-up par le biais de fonds d’investissement ou de concours. Ainsi en Afrique du Sud, MTN s’est associé au site d’e-commerce Jumia et à Facebook et a créé un concours d’application mobile offrant aux lauréats une subvention de 25 000 dollars, un mentorat par les équipes de Jumia et un accès à la plateforme de développement d’applications Facebook Start.

La Société Générale est elle-aussi présente dans 18 pays d’Afrique et contribue activement à l’innovation sur le continent, notamment à travers l’ouverture d’un « lab d’innovation » à Dakar en 2016 ayant pour vocation de stimuler et d’accélérer l’innovation au sein de toutes ses filiales d’Afrique subsaharienne. Ce « laboratoire d’idées », tourné vers l’action, sert d’incubateur pour des initiatives innovantes, notamment celles qui naissent dans les filiales de Société Générale sur ce continent.  

Que ce soit pour en tirer un bénéfice immédiat, ou plutôt en tant qu’investissement moyen voire long terme, il est évident que les grandes entreprises s’attaquent au marché africain et comptent bien être acteurs de la transformation numérique du continent. Si la Chine s’est transformée seule, la comparaison avec l’empire du Milieu s’arrête là. Car  l’Afrique regarde certes le soleil se lever à l’Est avec beaucoup d’enthousiasme, mais le continent a besoin du capital matériel et immatériel occidental pour connaître pareil destin et a donc beaucoup à gagner à attirer les investissements étrangers. Si cette corollaire est vraie, quelles sont les raisons qui rendent ce rapport favorable à tous ? Pourquoi est-il intéressant pour les entreprises occidentales d’aller innover en Afrique ?

 

4 caractéristiques qui rendent l’Afrique attractive du point de vue de l’innovation

 

1- Des contraintes stimulantes

L’Afrique connaît des difficultés structurelles importantes qui sont des freins indéniables pour le développement d’activités commerciales sur le modèle que nous connaissons en Europe. Cette vérité a longtemps posé des difficultés à l’implantation d’entreprises étrangères sur le continent. Et il est vrai que de nombreux obstacles s’opposent à l’application des formes éprouvées du commerce mondial – entre autres le manque d’infrastructures de transport, la faible proportion d’universitaires au sein de la population ou encore l’instabilité politique et contextuelle (famines, guerres…).

CityTaps, une startup française a choisi de s’attaquer au problème de l’accès à l’eau potable des foyers en périphérie des grandes villes. De nombreuses familles, vivant dans des conditions de précarité et d’instabilité élevées ne peuvent se permettre de s’engager dans le paiement de factures mensuelles et sont donc délaissées des opérateurs locaux qui jugent le risque de l’investissement nécessaire à la construction d’un réseau souterrain trop élevé. En développant un compteur intelligent et une vanne connectée à un serveur cloud qui récupère et calcule les données de consommation des foyers, le tout associé à un système de pré-paiement par mobile, CityTaps permet aux foyers de bénéficier de l’eau potable sur un système de pay per use plus adapté à l’incertitude de leur mode de vie, et permet aux opérateurs d’eau potable d’être rassurés sur la rentabilité de leur investissement.

Citytaps
Source : Maddyness

BRCK, une startup kenyane a développé cette année son SupaBRCK, un boîtier WiFi solaire et résistant à l’eau, qui permet de diffuser la 3G aux appareils autour de lui. La première version du boîtier, sortie en 2013 permettait de connecter 20 appareils via WiFi ou USB avec 8 heures d’autonomie de batterie pour pallier les coupures d’électricité. Le SupaBRCK permet à 100 utilisateurs de se connecter simultanément et s’accompagne du lancement de Moja, un internet public gratuit, avec publicités. Depuis 2016, la startup se lance également dans l’éducation avec ses tablettes KIO et a dévoilé cet été le Pico-BRCK, une version ultra-robuste conçue pour l’internet des objets (IoT).

BRCK Education
Source : CNN

 

Le Kio Kit de BRCK
Source : BRCK

OkHi, encore une startup kenyane a développé une solution destinée aux personnes en Afrique ne disposant pas d’adresse postale précise. Le service proposé permet de localiser le domicile de la personne grâce aux coordonnées GPS et une photo de l’entrée du domicile, puis d’envoyer ces informations via un lien URL par Whatsapp, SMS ou encore par email. Fondée à Nairobi par un ex-employé de Google et YouTube à Londres, la startup vise les restaurants, les entreprises du e-commerce et les services d’urgence pour se développer prochainement. D’après les chiffres de la société, 80% des livraisons de la capitale sont effectuées via l’application et 30.000 utilisateurs particuliers s’en servent régulièrement. OkHi n’a pas été la seule start-up à se pencher sur ce problème. Des applications similaires utilisant la géolocalisation pour créer une adresse ont déjà été lancées : LocName en Égypte, What3words, développée par une start-up britannique, ou encore Anwani, une application qui crée des adresses GPS sécurisées par des code PIN uniques.

OkHi
Source : Design to improve life

Ces sociétés sont un exemple. Plutôt que de se résigner face aux contraintes structurelles du continent africain, elles ont choisi d’y faire face et d’y répondre par l’ingéniosité, le savoir-faire et l’imagination. C’est sur ces trois aspects que la situation est encourageante pour les grands groupes français en Afrique qui disposent de l’ingénierie et du capital nécessaires pour inventer et développer des solutions à grande échelle.

 

2- De nouveaux usages à créer

Mais pourquoi ne commencent-ils pas par le faire ici, en Europe, où ces sociétés sont établies depuis toujours ? A la différence de l’Europe, l’Afrique a vécu un bond technologique qui permet aujourd’hui aux Africains de brûler les étapes et d’être plus réceptifs aux innovations. A la différence de l’Europe, la technologie ne se définit pas en rupture d’une technologie précédente et la transition est donc moins délicate et coûteuse à opérer.

Ces deux aspects constituent autant de barrières ou de freins à l’innovation et l’avancée technologique sur le vieux continent. Les usages de la population évoluent lentement et sont difficiles à reprogrammer à l’arrivée d’un nouveau produit ou service. Tandis que les tensions entre taxis et VTC qui ont émergé en France avec l’arrivée d’Uber sont l’illustration de l’autre aspect : la rigidité et la protection des secteurs établis.

En Afrique, les usages se créent et se développent au rythme de l’apparition de technologies, de services ou de produits innovants. M-Pesa, le système de paiement mobile en est l’exemple même. Ces usages n’existaient nulle part dans le monde en 2007 et se sont imposés avec une facilité déconcertante au Kenya.

Lorsque des préférences ne sont pas encore établies dans les usages des individus, il suffit que le produit ou service développé réponde de façon simple et pratique au problème pour que des usages se développent.

Le parallèle entre Sendy, la startup de livraison Kenyane, et Uber est frappant. Ici, les marchandises destinées aux clients ont pris la place des individus sur le siège passager, grâce à une application mobile très soignée et d’une simplicité extrême. Avec l’explosion des classes moyennes, la vague du e-commerce est progressivement en train d’entraîner tous les pays africains. De plus en plus de start-up positionnées sur la vente en ligne comme Konga, Olx ou encore Jumia et HelloFood (ces deux dernières sociétés sont soutenues par Rocket Internet) se constituent pour structurer un marché où les obstacles logistiques, infiniment plus compliqués qu’en Europe, sont vus comme des défis à contourner plutôt que des freins à l’initiative. Le succès de Jumia, la première licorne africaine (startup évaluée au dessus du milliard de dollar) soutenue par Rocket Internet, démontre la facilité pour une entreprise de s’adapter à l’évolution des usages et des technologies. Dans un secteur où des infrastructures de transport de qualité et la bancarisation des consommateurs est nécessaire en Europe, la startup a su s’adapter aux usages locaux et faire évoluer son offre. Proposant initialement un système de cash on delivery, elle a peu à peu introduit des fonctionnalités de paiement par mobile, de tracking des colis au fur et à mesure que les usages le permettaient dans les différents pays où cet Amazon africain est implanté.

Ce qui frappe également lorsqu’on observe l’écosystème africain c’est la simplicité sur laquelle reposent la plupart des nouveaux services développés. A Abidjan par exemple où le trafic routier est un véritable problème urbain, et où plusieurs solutions de Big Data ont été tentées sans succès probant jusqu’alors, la solution qui a été mise en place est surprenante de simplicité et d’efficacité. Des badges ont été installés sur les voitures, régulant leur droit de passage dans certaines zones à certaines heures. Cette solution s’est montrée redoutablement efficace et représente un coût marginal quasiment nul. Cette simplicité est rentable, et cette simplicité est parfaitement adaptée aux contextes africains.

 

3- L’occasion de ré-apprendre à faire simple

Au Nigéria, le programme SMART a été lancé pour la détection précoce du sida chez les enfants en bas âge. Ce type de diagnostic, performé par analyse PCR, nécessite une analyse sophistiquée réalisable en laboratoire et nécessitant un certain niveau d’expertise que seule une poignée de laboratoires nigérians maîtrisent. Les centres médicaux ruraux, enclavés et dépourvus de matériel suffisant se retrouvent contraints d’envoyer leurs échantillons aux grands laboratoires et d’attendre plusieurs jours afin d’obtenir le résultat des analyses, ce qui peut être fatal pour bon nombre d’enfants. Pour faire face à ce défi, la Clinton Health Access Initiative (CHAI) s’est associée à deux entreprises d’ingénierie et a conçu une imprimante de SMS qui permet d’échanger les résultats des tests laboratoires sans connexion internet ni ordinateur, réduisant par là-même le temps d’attente des résultats de moitié et permettant plusieurs diagnostics dans les temps. Le programme nommé SMART (SMS Printers to Accelerate Return of Tests Results for Infant Diagnosis of HIV/AIDS) repose sur un système simple, dont l’opération et la maintenance peut être assurée par un personnel non spécialisé dans des régions reculées. Les résultats sont probants, réduisant considérablement le temps d’attente des résultats et permettant au personnel de soin d’entamer rapidement la procédure médicale appropriée.

La simplicité avec laquelle ce produit a été conçu est caractéristique de l’innovation en Afrique.

Là-bas on imagine des solutions simples pour répondre à des problèmes compliqués quand la plupart du temps en Occident on imagine des solutions compliquées pour répondre à des problèmes simples.

 C’est l’une des richesses de l’innovation africaine dont doivent s’inspirer nos entreprises, et c’est l’une des raisons pour elles d’aller sur place. Pour apprendre ou plutôt pour ré-apprendre. Ré-apprendre à faire des choses simples, simplement.

En Afrique il suffit que le produit soit bien conçu pour s’imposer. C’est justement cette phase de design qui est intéressante pour les entreprises françaises. Pour Jean Nouvel «le design consiste à mettre un objet en phase avec la culture et les usages d’une époque». Cette définition résume parfaitement le défi et l’opportunité qui attend les entreprises françaises en Afrique. Répondre à une problématique locale en offrant une interface simple, basée sur une solution simple, est la clé du succès. Les entreprises françaises ont tout à gagner dans cette démarche. Nous consacrons chez FABERNOVEL une part conséquente de notre temps à conseiller et former de grands groupes à ces principes de design thinking,  test & learn et de simplicité. L’Afrique est aujourd’hui un terrain de jeu formidable pour mettre en pratique ces enseignements.

En plus d’expérimenter sans risques, c’est une opportunité exceptionnelle que d’apprendre de nouvelles façons de faire et de s’enrichir de cette expérience.

C’est peut-être aussi au monde de s’inspirer de l’Afrique aujourd’hui et du modèle d’innovation qu’elle propose.  

De nombreux produits développés en Afrique sont imités ou utilisés à l’étranger. C’est le cas de la startup Ushahidi qui a développé une application de crowdsourcing pendant les violences qui ont fait suite aux élections de 2007 au Kenya et qui est aujourd’hui utilisée pour des sujets plus variés dans des pays émergents ou développés: pour les violences faites aux femmes en Inde, pour remonter les dysfonctionnements urbains au comté de Dublin ou encore plus récemment pour les élections présidentielles américaines. Le boîtier BRCK que nous avons évoqué plus tôt est quant à lui utilisé au Wisconsin et M-Pesa a annoncé l’ouverture de son service en Inde.

Ces quelques entreprises africaines qui font leur place à l’étranger créent une dynamique sur le marché local qui permet de voir émerger un vrai tissu de start-up concentré autour de quelques hubs pour le moment. Mais qui constituent peu à peu un véritable écosystème.

 

4- Un écosystème local sur lequel s’appuyer

Cet écosystème est pour le moment  principalement concentré entre Nairobi au Kenya, et Lagos au Nigéria. Le premier hub technologique africain, iHub Innovation, a été créé par le fondateur d’Ushahidi, Erik Hersman à Nairobi en 2010. Il réunit des entrepreneurs, des chercheurs, des investisseurs et des partenaires techniques. Il compte aujourd’hui 15 000 membres et 152 entreprises incubées. Depuis, de nombreux Hubs ont vu le jour en Afrique du Sud, au Nigéria (CCHUB) et commencent à se propager en Afrique du Nord et de l’Est.  

Source : CBnews

Innovate for climate hackathon
Source : iHub

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