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Mar 3, 2016 | 5 min de lecture

‎Économie

À Sciences-Po, l’État Google dévoile sa vision politique

Louis Moullard

Lead Project Analyst


FABERNOVEL INNOVATE
Pour sa première visite officielle en Europe, Sundar Pichai, le nouveau PDG de Google, est venu s’adresser aux professionnels de la presse et étudiants. Au-delà des annonces faites, cette conférence a surtout souligné la transformation progressive de la firme de Moutain View en une super puissance politique et rivale des Etats : Alphabet.

« Il y a plus de monde que pour François Hollande ! » s’écrie un étudiant à l’école de journalisme de Sciences Po cherchant une place dans l’amphi Boutmy, plein à craquer. Etudiants, journalistes, et personnalités de l’innovation de tous les pays se sont réunis mercredi dernier pour assister à la première prise de parole européenne de Sundar Pichai, PDG de Google depuis le mois d’août 2015. Et nous ne pouvions pas la manquer. Après une « première partie »  élogieuse de Bruno Patino, Doyen de l’école de Journalisme de Sciences-Po, Sundar Pichai fait une entrée de star, sur une musique digne d’un meeting d’élections présidentielles.

Pour sa première visite officielle en Europe, l’ancien VP product de Google s’est adonné à un exercice de communication bien balisé : pendant la rencontre, annoncer une série de mesures pour soutenir la presse européenne. Parmi ces annonces, le lancement d’un fonds européen pour financer les projets numériques dans les médias en ligne; AMP, un nouveau standard  pour améliorer la lecture des articles en ligne; et Project Shield, une fonctionnalité gratuite permettant aux acteurs de la presse en ligne de se protéger face aux cyber-attaques.

Alphabet, une puissance politique. À la conquête du monde.

Mais ce ne sont pas tant les annonces (déjà connues pour la plupart) qui ont frappé, que les messages politiques que l’on pouvait lire entre les lignes. Qu’on se le dise, la venue de Sundar Pichai ressemblait à une visite d’Etat. Celle d’un premier ministre venant esquisser le programme politique de sa néo-nation : Alphabet.

Car oui, avec son chiffre d’affaires plus élevé que le PIB de Cuba, Alphabet s’apparente de plus en plus à un Etat. Une nation faite de figures fondatrices (les visionnaires et leaders Larry Page et Sergueï Brin), peuplée de plus d’un milliard de citoyens (utilisateurs) et guidée par un engagement politique qui se structure. Il y a quelques jours, Google a d’ailleurs annoncé le lancement de sa nouvelle filiale : Jigsaw, un « think tank » visant à relever les challenges géopolitiques du monde grâce à la technologie.

Plus frappant encore, c’est le changement de regard que l’opinion publique porte à Google : le californien est de moins en moins considéré comme un grand groupe de l’Internet et de plus en plus comme un géant dont « les grands pouvoirs s’accompagnent de grandes responsabilités » comme le précisait Bruno Patino en ouverture de la conférence. Une référence à Spiderman, certes, mais souvent attribuée au gré des contextes politiques à un Voltaire, Churchill ou Roosevelt. C’était précisément une puissance géo-politique qu’étaient venus écouter étudiants et journalistes à Sciences-Po.

Mais quelle est la vision politique portée par Alphabet ?  La conférence nous a permis de déceler les prémices d’un programme, et ses premières mesures.

1. Un slogan de campagne : « organiser l’information du monde pour la rendre accessible au monde entier »

L’ambassadeur Pichai n’a cessé de rappeler la vision originelle de Google. À travers son discours, l’ingénieur de 43 ans a laissé entendre que cette vision n’était pas uniquement technologique ou économique, mais qu’elle devait passer par un engagement plus profond de Google dans la société.

2.Puissance industrielle : jouer un rôle de catalyseur de transition économique

« Enabler » (en anglais, catalyseur), c’est l’un des mots clés qu’a martelé Pichai. En fournissant les outils (souvent gratuits et open source) ainsi que les fonds nécessaires, Google est bien décidée à accompagner tous les secteurs dans leur transition numérique, en jouant un rôle de catalyseur d’innovation. En rappelant son investissement dans NUMA, son soutien au secteur culturel, Sundar Pichai a montré que Google serait prêt à se substituer à tous les gouvernements. Y compris le nôtre.

3. Sécurité et politique extérieure : contribuer à la lutte contre le terrorisme et la cyber-criminalité

Pichai a réaffirmé la volonté de Google d’aider les Etats à combattre le terrorisme, plus seulement en supprimant les contenus illicites mais également en mettant en avant les contre-opinions « nous travaillons main dans la main avec les gouvernements, notamment en supprimant les contenus illicites et en favorisant le contre-discours ». Raison d’état : il n’est plus question de neutralité des plates-formes quand on est dans l’engagement politique !

Par ailleurs, Pichar a souligné que Google souhaitait mettre à disposition des acteurs économiques son expertise en matière de cyber-sécurité : « Google subit en permanence des attaques pirates sur ses sites, nous avons appris à nous défendre et nous voulons maintenant partager cette connaissance avec le monde entier, gratuitement ».

Ce n’est pas la première fois que Google s’engage de la sorte, en 2001, la firme lançait Google News pour favoriser la diffusion de l’information à la suite des événements du 11 septembre.

4. Droit : la vie privée et le contrôle des données personnelles, une liberté fondamentale

Longtemps critiqué sur son traitement des données personnelles, Google semble maintenant avoir rodé son discours en s’engageant pour le contrôle des données par les utilisateurs. Interrogé sur sa stratégie Big Data, Pichar assure qu’il est « fondamental de donner plus de contrôle aux utilisateurs afin qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent de leurs données ». Pichai a ensuite apporté son soutien à Apple dans son litige avec le FBI « lorsque vous créez des backdoors, vous mettez l’utilisateur en danger ».

5. Santé et développement : les technologies pour combattre les maladies

« Grâce au machine learning, nous pouvons régler de très nombreux problèmes de santé » a assuré Pichai. La lutte contre la mort est un combat engagé depuis un certain temps par Google, Alphabet a d’ailleurs récemment lancé Verily, sa filiale qui compte devenir une « véritable photographie de la santé humaine » en faisant collaborer ingénieurs et professionnels de santé.

6. Fiscalité : simplification et suppression des « painpoints » du système

C’était la question piège de la conférence, interrogé sur les pratiques fiscales de Google en France, Sundar a botté en touche – et manié la langue de bois – a rassuré l’état français, tout en mettant en cause un système fiscal complexe qu’il était urgent de simplifier.

On vous le disait, sur ce point le programme d’Alphabet reste assez embryonnaire !

Enfin, interpellé par un étudiant s’inquiétant de l’avenir du monde si Google venait à disparaître, Sundar Pichai clôture

«Nous n’avons encore réalisé qu’une toute petite partie de notre mission et nous serons là pour un long moment»

Une nouvelle super-puissance politique est née.

Cet article appartient à une enquête
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