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5 juin 2017 | 7 min de lecture

Design

Vous connaissez le Minimum Viable Product (MVP) ? Vous allez adorer le Minimum Loveable Product

Arthur Klein

Scrum Master / Business Developer


FABERNOVEL CODE
Lancer un nouveau produit, c’est difficile. Lancer rapidement un nouveau produit de grande qualité, c’est TRES difficile. Quel que soit votre secteur ou le niveau de maturité de votre organisation (grand groupe, service public, start-up…), vous allez être confrontés à ce dilemme apparent : faut-il privilégier une mise sur le marché au plus vite, ou un produit qui ravit vos utilisateurs finaux du premier coup d’oeil ? Arthur Klein, Scrum Master et Business Developer chez FABERNOVEL CODE vous donne des pistes pour lancer le “Just Right Product”: celui qu’il convient de sortir à un instant donné. Alors, pour maximiser valeur et efficacité, votre produit peut-il se contenter d’être "viable" ? Ou doit-il être "loveable" ? Réponse dans notre article !

Le MVP, une logique risquée pour les entreprises ambitieuses ?

Le Minimum Viable Product (MVP), produit minimum et viable, est un objet numérique doté seulement des fonctionnalités les plus prioritaires, nécessaires à son déploiement. Il s’inscrit dans une approche stratégique qui consiste à reporter toute autre fonctionnalité envisagée, non-prioritaire, à plus tard. Cette logique est employée massivement par les start-ups et les GAFAs ; elle constitue sans aucun doute la meilleure solution pour confronter rapidement un produit à son public, et ainsi rassembler du feedback. Clé de toute démarche itérative frugale, le MVP permet d’éviter de dépenser des ressources sur le développement de fonctionnalités non pertinentes ou très secondaires : celles qui n’apportent que peu de valeur au produit.

Autrement dit, c’est la version d’un nouveau produit qui permet de rassembler le plus de « validated learning » avec le moins d’effort. Par « validated learning », il faut comprendre l’ensemble des hypothèses vérifiées qualitativement et quantitativement en mettant le produit entre les mains de ses utilisateurs.

En résumé, c’est l’approche qui permet de réduire au maximum le « gâchis de ressources » et le « time-to-market ».

Cependant, cette logique a ses limites : celles-ci sont particulièrement visibles lorsque la démarche devient dominante dans une organisation. En effet, on repère ces cas extrêmes dès l’instant où les questions principales posées lors d’un lancement de produit sont réduites à « Quel MVP peut-on définir ? » et « Quand peut-on le lancer ? ». De fait, cette approche ne peut donner lieu qu’à des produits insatisfaisants car on ne considère plus en premier lieu les besoins des utilisateurs. Peu importe si le « time-to-market » est réduit si l’on accepte qu’il faille plusieurs itérations avant que le produit ne satisfasse les attentes des utilisateurs : ceux-ci ne l’adopteront pas !

A plus long-terme, l’idée même du MVP devient une fin en soi pour chacune des fonctionnalités développées et à chacune des releases, et la « médiocrité » devient normalité !

Finalement, cet enchaînement négatif réside dans une mauvaise pratique à éviter de toute urgence : prendre le concept de « viable » de façon trop littérale. Car cela revient trop souvent à lésiner sur le design et garder un périmètre product- ou firm-centric, alors même que les utilisateurs ont des attentes de plus en plus hautes, tirées par les standards du marché.

 

 

Pensez-vous que l’iPod, l’iPhone, l’iPad… auraient eu un tel succès si Apple se limitait à une logique de MVP ?

 

Le Minimum Loveable Product, un levier d’adhésion et de viralité coûteux

Pour dépasser les limites du MVP, il faut partir du principe assez simple que les utilisateurs doivent aimer le produit, et pas seulement le tolérer. En livrant une première version d’un produit, il est bien plus facile de retenir les utilisateurs jusqu’à la prochaine release lorsque ceux-ci aiment ce qu’ils trouvent, ou bien comprennent le potentiel de l’objet — c’est d’autant plus crucial lorsque les utilisateurs ont le choix de l’adopter ou non ! C’est là le principe du Minimum Loveable Product.

Pour se convaincre, il suffit de se dire que :

  • C’est la version d’un nouveau produit qui permet susciter le plus d’engouement parmi les premiers utilisateurs du produit — c’est-à-dire les early adopters, qui seront les meilleurs ambassadeurs.
  • Les utilisateurs enthousiastes ont une Customer Lifetime Value plus élevée.
  • Les utilisateurs enthousiastes souhaitent que le produit prospère : ils seront des leviers de croissance bienveillants, prêts à partager leur feedback pour améliorer le produit.

Plus que du validated learning, c’est de « l’amour » que l’on génère avec le moindre effort : le Minimum Loveable Product valide le fait que les utilisateurs aiment le produit, le réutiliseront à l’avenir et en parleront autour d’eux !

 

“It’s better to build something that a small number of users love, than a large number of users like.” Sam Altman, Y Combinator

 

Cependant, développer un produit pour lequel un minimum d’utilisateurs ont un coup de cœur semble être mission impossible : comment aboutir à un produit « parfait » ? Le défi est de taille, d’autant plus si l’on se place dans une démarche itérative et si l’on souhaite aller vite. Comment aboutir au Just Right Product ? Un produit au time-to-market réduit, qui sait également ravir les utilisateurs finaux ?

 

Comment adopter une logique Minimum Loveable Product quand on est contraint par le temps et le budget ?

Allier Minimum Loveable Product et MVP n’est pas facile, mais ces deux logiques ne sont pas contradictoires. Voici quelques idées pour réconcilier time-to-market réduit et adhésion des utilisateurs autour du Just Right Product.

  1. User experience : investir dans le design est plus que nécessaire pour créer un produit qui ravira les utilisateurs. Ceux-ci seront d’autant plus loyaux que leur expérience sera fluide et tombera sous le sens. Négliger l’importance du design revient à négliger l’utilisateur-final et la valeur qu’il accordera au produit. Les produits Apple sont peut-être les plus emblématiques de cette obsession pour la qualité de l’expérience.

        2. Fonctionnalité centrale : pour éviter de s’éparpiller entre de trop nombreuses fonctionnalités, il est souvent bien plus avisé de se concentrer sur ce que le produit fait en premier lieu. C’est cette fonctionnalité, essence du produit, qui le rendra loveable. Cela implique bien sûr de savoir dire « non », parfois.

 

Instagram : le Minimum Loveable Product par excellence ? 

 

Instagram est peut-être la success story la plus emblématique d’un produit qui a longtemps servi une seule et unique fonction. Elle commence par celle de Burbn, une app de check-in sociale relativement similaire à Foursquare, et qui permettait, en plus de planifier des rendez-vous et gagner des points en sortant avec ses amis, de poster des photos — avec une trentaine de filtres —, de les liker et les commenter.

Quand il a rejoint Kevin Systrom, fondateur de Burbn, Mike Krieger a challengé le nombre de fonctionnalités du produit. Ensemble, ils ont alors décidé de le réduire au niveau le plus simple et intuitif, limitant les fonctionnalités du produit au partage de photos, like et commentaire, et les filtres au nombre de 11. C’est là qu’Instagram — instant / telegram — est né. C’était un pari risqué : ils se sont concentrés sur ces premières fonctionnalités qui ont très rapidement conquis le cœur de nombreux utilisateurs, y compris des célébrités qui ont largement participé à sa viralité. En deux mois, Instagram comptait 1 million d’utilisateurs !

       3. Design Thinking : gardez en tête votre « reason why », le problème que vous cherchez à résoudre. Une approche design thinking est primordiale pour se focaliser uniquement sur ce qui a la plus grande valeur. Traiter les véritables pain points des utilisateurs en premier lieu est incontournable pour rendre le produit « aimable ». Mais vouloir traiter tous les pain points en une seule fois a tendance à complexifier le produit avant même que celui-ci ait pu vivre entre les mains des utilisateurs. La priorisation est une des clés du succès !

Le meilleur exemple pour illustrer la nécessité de cette démarche est peut-être AirBnb : en 2009, alors que la start-up était au bord de la faillite, son équipe s’est attachée à rencontrer ses utilisateurs new-yorkais pour comprendre les points de friction de leur expérience.

Résultat, après un peu plus d’une semaine de recherche, le problème principal est clair : les photos prises par les propriétaires montrent rarement toutes les pièces, sont de mauvaise qualité, et ne créent pas de lien de confiance. La première solution, très pragmatique, s’impose : les fondateurs louent un appareil et rendent visite aux propriétaires new-yorkais pour photographier leur logement. L’impact est immédiat : l’activité d’Airbnb (alors à son plus bas niveau) remonte en flèche. Dans un second temps, l’équipe d’AirBnb s’attachera à systématiser cette démarche et à la rendre scalable.

 

Photo d’un Penthouse dans l’Upper West Side (NYC) disponible sur Airbnb

 

          4. Design for emotion : désormais, cependant, pour susciter une réaction positive de l’utilisateur, il est nécessaire de dépasser ses attentes, car il est habitué aux standards élevés des géants du numérique. Sans pour autant passer des mois à réinventer ce que les GAFA ont déjà fait, certaines petites attentions faites à l’utilisateur peuvent avoir un énorme impact sur sa perception du produit. C’est un peu comme en couple : un mot doux, un bouquet, une surprise… !

Le logo d’Airbnb : un coeur à l’envers

Par exemple, l’activité d’Airbnb a brusquement augmenté de 30% lorsque le designer et co-fondateur de la start-up, Joe Gebbia a décidé de remplacer le mode d’évaluation des hôtes, initialement fondé sur des étoiles, par des cœurs !

 

Pour conclure, comment introduire du love dans votre MVP pour ne pas tomber dans les mauvaises pratiques, tout en restant dans vos contraintes de temps et de budget ? Encourager les démarches Design Thinking, les démarches user-centric, recueillir du feedback auprès des utilisateurs au fil de l’eau pour ajuster la trajectoire produit. L’objectif : faire du loveable une condition du viable. C’est là la définition du Just Right Product : « release early and release often », bien sûr, mais toujours de façon à ce que les utilisateurs identifient immédiatement la valeur du produit.

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