fabernovel loader

Dec 11, 2017 | 6 min de lecture

Design

Tous designers, tous responsables ?

Charlotte Bourcier

Design Strategist


FABERNOVEL INNOVATE
Dans un monde où la technologie bouleverse en permanence notre façon de travailler, d’interagir et de vivre, le rôle du designer est d’imaginer des futurs souhaitables. Plus que jamais, le designer a une responsabilité éthique quant aux produits et services qui vont transformer nos sociétés.

En janvier dernier, Charles Chu estimait  que nous aurions le temps de lire au moins 200 livres par an si nous ne passions pas autant de temps sur les réseaux sociaux. Dans un communiqué officiel récent, Netflix annonçait que le nombre de binge racers (Binge racer : utilisateur qui finit une série en moins de 24 heures après sa sortiesur sa plateforme était passé à 8,4 millions. En 2020, 40% des foyers américains seront équipés d’un Amazon Echo.

Bref, autant de preuves – s’il en fallait encore – que la technologie prend de plus en plus de place dans nos vies.

Est-ce pour le mieux ?

Les innovations technologiques n’ont eu de cesse d’améliorer nos vies, d’enrichir nos expériences et de faciliter nos interactions avec le monde et les gens qui nous sont chers. Nombreux sont les exemples de technologies qui ont bouleversé nos vies, comme l’iPhone bien sûr mais aussi la voiture électrique ou encore le réfrigérateur, la machine à laver, l’avion… Aujourd’hui, on s’enthousiasme des progrès de l’intelligence artificielle, des objets connectés ou encore de la réalité virtuelle. Les opportunités sont certes nombreuses mais les dérives le sont tout autant. Certaines technologies semblent se retourner contre nous ou ne pas dépasser le stade du gadget et nous nous retrouvons alors entourés d’assistants vocaux qui racontent des blagues, de casques de réalité virtuelle trop lourds qui nous coupent du monde autour de nous, de  réseaux sociaux qui, au lieu de nous rapprocher, nous enferment dans le filtre de nos propres vies…

 

Est-ce vraiment le monde dans lequel nous voulons vivre ?

 

Il semble aujourd’hui important de nous arrêter un instant, de regarder le monde autour de nous et de nous demander si c’est vraiment la société dans laquelle nous souhaitons vivre.

La technologie c’est bien, mais…

La technologie c’est bien mais tout dépend des mains entre lesquelles elle tombe.

Aujourd’hui nombreux sont les lanceurs d’alertes, fraichements sortis de la Silicon Valley à nous alerter sur les dérives de leurs créations (si ce sujet vous intéresse, je vous conseille de lire cet article, celui-ci  ou encore celui-ci).

Lors des élections américaines, nous avons pu être les témoins – désabusés – du pouvoir de la donnée pour cibler et manipuler les gens. Uber aujourd’hui paye aussi le prix fort pour avoir négligé l’aspect éthique de son service, aussi bien en interne qu’à l’externe. Que ce soit au sein de Facebook ou Google, aujourd’hui les voix s’élèvent pour questionner le numérique et la technologie dans nos vies. Il est loin le temps où dans leur garage, les deux fondateurs de Google souhaitaient conserver la neutralité de leur moteur de recherche. En 1998, Brin et Page déclaraient ainsi “We expect that advertising-funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers”. Vingt ans plus tard, nous savons tous ce qu’il en est…

La technologie c’est bien mais tout dépend ce qu’on en fait.

Aujourd’hui on peut tout imaginer, mais est-ce que tout ce qu’on imagine est souhaitable ? Si je vous dit qu’on peut transférer votre pass Navigo dans une puce intégrée sous votre peau pour que vous n’ayez plus besoin de le chercher dans votre sac, par exemple : c’est possible, mais le souhaitez-vous vraiment ?

Aujourd’hui, nous sommes toujours connectés, tellement connectés que nous avons oublié ce que cela voulait dire de s’ennuyer, d’attendre, de prendre le temps pour apprendre, mais aussi pour connaître quelqu’un. Parce que nous avons peur du vide, nous avons alors créé un monde sans ennui, où tout est instantané, où notre attention est sans cesse stimulée. Nous avons supprimé la sérendipité et le hasard au profit des algorithmes qui choisissent tout à notre place, musique, films, jobs et amants.

Supprimer l’ennui, supprimer ces moments de vide où l’on ne fait rien, supprimer le hasard, c’est dangereux parce que nous supprimons peu à peu tous les ingrédients de la créativité. Sommes nous vraiment en train de créer un monde gouverné par les algorithmes où ceux qui ne manipulent pas sont manipulés via l’entertainment ? Le retour de la caverne en somme…

À qui la faute ?

Beaucoup de questions. Beaucoup.

Mais une certitude : nous sommes arrivés à un point où la technologie et ses créateurs ne peuvent plus ignorer les conséquences de ce qu’ils créent. Ils ne peuvent plus ignorer le politique (LE politique pas la politique) et le social.

Interviewé par Frédérique Lemonnier, Serge Abiteboul énonce clairement son opinion face à la peur des gens de voir leur travail remplacé par une machine : « Si l’on remplace tout le travail des gens par des machines, il ne faut pas que le revenu de ces machines tombe dans les poches de banquiers ou autres mais qu’il soit redistribué. La question n’est donc pas technique mais politique.»

La question qui se pose alors c’est celle de la responsabilité, qui est responsable de ce monde que nous sommes en train de créer ?

Les GAFA parce que ce sont eux qui imaginent et commercialisent les nouvelles technologies, parce que ce sont eux qui revendent nos données (le véritable pétrole du 21ème siècle) ?

Les utilisateurs – c’est à dire vous – parce que vous décidez délibérément d’utiliser leurs produits ?

Diaboliser les GAFA – comme le font certains gouvernements – n’est sûrement pas la solution, finalement, que font-ils à part du bon business ?  

Mais dire que c’est la responsabilité des utilisateurs de se déconnecter face aux multiples sollicitations que sont les réseaux sociaux, face aux potentielles addictions au smartphone serait un peu simpliste. Pouvons-nous vraiment décider de nous déconnecter aujourd’hui ?

A ce sujet, Nir Eyal auteur de Hooked : How to build Habit-Forming products apporte de nombreux éclairages sur son blog ici.

Les utilisateurs ne peuvent donc pas non plus être tenus responsables.

Le designer peut (et doit) agir.

Alors qui peut prendre cette responsabilité ?

« It’s a dirty job but someone has to do it. »

S’il est urgent de penser éthique, humain, social, il est alors urgent de laisser les designers jouer le rôle stratégique qu’ils ont à jouer dans la société qui vient.

En effet qui de mieux placé que le designer pour penser la responsabilité des sociétés face à la technologie, pour scénariser des expériences souhaitables, désirables ?

Dans son manifeste pour un retro-design de l’attention, Hubert Guillaud écrit très justement que :

“Le design doit réengager un dialogue avec l’utilisateur. L’entreprise doit réinterroger son lien avec ses clients. Si l’expérience est au coeur de son offre, alors permettre à l’utilisateur de construire sa propre expérience plutôt que de lui en imposer une, est certainement un nouveau levier d’innovation pour nous permettre de dépasser les limites dans lesquelles les interfaces sont en train de s’enfermer.”

Pourquoi le designer ?

Parce qu’être designer ce n’est pas seulement être responsable du pixel parfait ou de la couleur d’un bouton (on pourra en reparler si cela vous intéresse), parce qu’être designer c’est être l’avocat des utilisateurs, c’est imaginer des produits et services que les gens veulent – qu’ils l’expriment explicitement ou implicitement – c’est être à l’écoute des gens et du monde qui nous entourent pour envisager demain sereinement, pour construire une société durable et un monde dans lequel nos enfants pourront grandir heureux.

Être designer c’est penser et construire un monde « très humain plutôt que transhumain ». (formule empruntée à Alain Damasio, si vous n’avez toujours pas vu ce ted talk c’est ici.)

Et si comme le dit Serge Abiteboul, « Nous sommes désormais dans une période où nous avons dépassé le cap où la responsabilité est celle des informaticiens pour devenir celle de la société tout entière. » Qui de mieux placé que le designer pour être le juste représentant de cette société ?

Mais finalement, être un designer responsable c’est quoi ?

  • c’est penser durable
  • c’est penser humain
  • c’est penser social
  • c’est penser à son impact car être designer c’est concevoir, imaginer pour les autres dans des sociétés et des environnements mouvants, c’est donc penser à son impact sur la vie de chaque utilisateur, mais aussi sur la vie du groupe et de son environnement. Le design ne peut alors être que systémique.
  • c’est continuer à innover et créer, mais c’est aussi penser à quoi ça sert, pourquoi, comment mieux s’en servir.
  • c’est questionner l’éthique des produits, services et expériences dès leur création et pas seulement une fois qu’ils sont terminés …

Et si demain nous sommes tous designers, alors nous sommes tous responsables du monde que nous sommes en train de créer…

Chez Fabernovel Innovate, designers, analystes, ingénieurs, nous sommes tous convaincus du rôle clé du design dans la conception des services et produits de demain. Avec nos clients, nous travaillons sur des problématiques toutes aussi diverses les unes que les autres. Mais dans chacun de nos projets, nous nous faisons la voix de l’utilisateur et nous conservons une posture éthique pour intégrer non seulement les impacts business mais surtout les impacts sociétaux de l’expérience que nous imaginons.

Parlons-en
logo business unit

FABERNOVEL INNOVATE

FABERNOVEL INNOVATE explore et construit le futur de vos industries. À la vitesse des startups.

à lire