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May 4, 2018 | 8 min de lecture

Design

Nouvelles interfaces : pourquoi conclure ?

Mathilde Maitre

Head of Design


FABERNOVEL INNOVATE
Voilà un peu plus d’un mois que nous parlons de nouvelles interfaces chez FABERNOVEL INNOVATE. Un projet lancé fin Mars avec l’ambition de jeter un regard nouveau - car fait de plein de visions différentes - sur ce sujet si actuel. Dès le lancement du dossier, je savais que me reviendrait la responsabilité de le clore, d’en partager nos principales conclusions. Tâche plus délicate encore que je le pensais, au vu du nombre de contributions, de leur variété et de leur pertinence ! Je me lance...

Lorsque nous avons lancé le dossier avec Marina début Avril, nous souhaitions décrypter le phénomène Zero UI et le déploiement, le succès impressionnant et la montée en puissance des interfaces vocales. Un véritable phénomène, mené de front par Google et Amazon, et déjà bien installé à en croire les chiffres : 10 millions de Google Home vendus en trois mois (une par seconde !), et 75% d’utilisateurs d’assistants vocaux prévus d’ici 2020 aux US.

C’est par le design et l’expérimentation que s’est ouverte notre enquête : Pinger, cet objet-interface malin qui se substitue à ma voix pour dicter des tâches à mes collègues (ou simplement leur dire bonjour !), voyait le jour le 1er Avril et donnait le ton d’une série d’articles résolument User Centric, où les Users sont, justement, les interfaces. «Qui» sont elles ? Nous proposions alors d’en “tirer le portrait”.

La réponse n’est ni simple ni unique et nous n’avons d’ailleurs pas cherché le consensus.

Je ne suis pas surprise et je n’en attendais pas moins de mes collègues, mais il faut dire que le dossier a été particulièrement fourni. Au-delà de l’engouement ressenti en interne pour le sujet et ce dossier “nouveau”, ce que je retiens est une diversité de regards et une singularité de points de vue qui résultent en un vrai “état de l’art” des nouvelles interfaces, mûrement réfléchi et ce, individuellement autant que collectivement. Car notre grande chance, et nous le disions en introduction, c’est de travailler avec une petite multitude de métiers différents ! Pour la première fois, nous avons voulu jouer sur cette hétérogénéité dans le cadre d’une exploration :  qui dit diversité de profils de contributeurs (designer-conteur, analyst-designer, architecte-ingénieur, ingénieur-designer, data architect-analyst, …) dit pléthore de définitions et de visions pour ces nouvelles interfaces…

J’aimerais profiter de cet espace pour revenir sur certains des points marquants évoqués dans le dossier, et partager avec vous quelques éléments que je retiendrai personnellement.

 

Définir ce qu’est une interface ? facile…

Si aujourd’hui ce terme fait partie intégrante de notre vocabulaire et nous l’employons tout autant que Expérience Utilisateur, il est souvent malmené. “Interface”, c’est le parent pauvre de la conception, nous autres designers ne jurant que par l’Expérience utilisateur (UX), plus noble car soi-disant dictant les règles et tirant les ficelles de ce que manipule l’utilisateur : l’interface (UI).

On entend même parfois dire que le designer d’interface n’aurait plus raison d’être – faute au Zero UI : sans interface, faut-il encore un designer ? – mais ça, je laisserai notre Directeur de Création vous en dire plus dans les semaines qui viennent…

Il était donc grand temps de redonner au terme d’interface ses lettres de noblesse. Et c’est tellement rafraîchissant de ne pas le réduire qu’à une IHM (Interface Homme Machine) ou UI (User Interface) ! Et si l’interface est l’incarnation des choix du designer – comme je l’affirmais au début du dossier – sa forme peut donc être diverse (vraiment diverse !).

D’après nous, une interface, c’est :

Une interaction
Un objet
Un espace
Un langage
Une opportunité business
Un enjeu stratégique

Et c’est encore plein d’autres choses… nous serions ravis d’entendre votre point de vue !

Vous avez dit “nouvelles” ?!

S’il y a bien un point chez FABERNOVEL INNOVATE que nous revendiquons (et assumons sans complexe), c’est notre volonté de remettre en question (si pertinent, bien entendu…) les briefs, problématiques, ou sujets qui nous sont soumis ou qui nous entourent. Surtout s’ils semblent trop évidents. “Nouvelles interfaces” n’était pas un sujet nouveau. C’était une thématique intéressante certes, plutôt “consensuelle” puisqu’elle nous parlait à tous, mais ni étonnante, ni complexe en apparence. Nous le disions en introduction : “Nouvelles interfaces : le terme est partout, tous s’y intéressent.“

Mais alors qu’avons-nous bien pu découvrir de nouveau ? Pourquoi s’y intéresser ?

Je le disais, c’est la diversité des approches sur ce sujet “simple” qui m’a étonnée, et qui lui a, à mon sens, conféré autant de richesse. Si l’interface signifie pour moi “interaction”, elle veut dire “espace” pour un autre. Et c’est là que le sujet révèle toute sa profondeur.

Le sujet de la définition, nous en avons parlé, est essentiel en lui-même. Mais notre autre question a priori était : en quoi les interfaces les plus récentes sont-elles “nouvelles” ?

Ma réponse ? Elles ne le sont pas. La question de l’interface est centrale, mais ancienne : comment mieux interagir avec l’autre (personne, machine, utilisateur, …) ? Ce qui est nouveau ? les technologies, toujours plus matures et les fonctionnalités qu’elles permettent aujourd’hui, toujours plus sophistiquées.

Le sujet n’est pas nouveau donc, et les interfaces elles-mêmes ne sont pas nouvelles. Je me demande d’ailleurs si cette qualification ne trompe pas sur le sujet. Les “nouvelles interfaces” comme concept fermé, comme “nouveau terme à la mode”, apparaissent avant tout comme une grande tendance d’aujourd’hui. Tous en parlent, mais on ne sait pas de quoi on parle. Notre démarche a été de détourner cette évidence.

Une approche encouragée par notre président, Stéphane Distinguin, qui nous invite à fuir la tendance, comme il nous le disait l’été dernier, dans une chronique partagée en interne :

“ La tendance, c’est linéaire. C’est par essence prévisible. (…) Je souhaiterais que nous puissions parler d’états de l’art (c’est le cas pour les technologies et dans ce cas il faut bien recenser et analyser les grands principes à l’œuvre) et de talents, qui sont ceux qui infléchissent l’ordre : artistes, scientifiques, entrepreneurs, designers, …”

 

Des connexions entre les disciplines


Mes collègues, les contributeurs, ont converti leur curiosité et leur enthousiasme pour ce sujet en une remise en question de la façon que nous avons de créer des expériences. En l’abordant chacun avec sa propre vision, ils ont constitué, ensemble, un corpus diversifié. A l’image du célèbre couple de designers américains, Charles et Ray Eames, ils ont transformé en une réalité visuelle et textuelle ce qui aurait pu ne rester qu’au stade de “tendance”.

Dès les années 1950, le couple prône une approche universelle s’exprimant à travers de nombreux supports : architecture, mobilier, textile, film, exposition, magazines et même jeux. Leur philosophie est de générer des connexions entre les disciplines qui se répondent entre elles. Architectes ou designers ? ils sont tout à la fois. Mais ils abordent tout projet, quelle que soit son échelle, avec le même questionnement : nous intéresse-t-il et nous intrigue-t-il ? Pouvons-nous l’améliorer ? Allons-nous vraiment avoir du plaisir à y travailler ?

En apportant une analyse “métier” à un sujet capable de prendre des formes différentes en fonction du regard que l’on porte dessus, du prisme à travers lequel on l’analyse, chaque article explore librement l’une des facettes du “phénomène nouvelles interfaces” : la technologie, bien sûr, à travers les articles de Julien et d’Anthony, ce dernier se trouvant à la frontière entre techno et design, autre grande thématique de l’exercice que je me suis amusée à creuser aussi. Autres grandes disciplines, le design d’objet et l’architecture ont respectivement inspiré Thomas et Pierre, quant à Antoine, il a voulu parler de l’impact de ces nouvelles interfaces (“ni” comme nous avons commencé à les appeler) sur notre société à travers une analyse de Black Mirror, et bien sûr, une couche business et stratégique essentielle est venue orienter chaque article, et plus particulièrement ceux de Justine, Guillaume ou encore de Kévin dans l’interview de Mathieu Lima chez Deezer.  

Une nouvelle approche donc chez nous, que je vous encourage vivement à tester également avec vos collègues ! Vous serez surpris de la richesse de regards différents sur un sujet “simple”, voire “bateau” dont nous parlons quotidiennement. En creusant, l’on se rend rapidement compte que tout n’est jamais si simple – heureusement !

 

Un prétexte pour en créer de nouvelles choses

Sous l’impulsion de nos designers Charlotte et Louis qui se sont frottés à l’exercice de la fiction, je me demande si nous ne devrions pas profiter des possibilités offertes par les technologies (Voice Interface, IA, etc.) plus matures aujourd’hui, pour solliciter d’autres sens et produire d’autres “interfaces”. J’entends par cela des interactions plus naturelles, voire plus émotionnelles !

Marques, entreprises, designers, nous avons (presque) tous pris la (très bonne) habitude de faire simple, fluide, efficace. De penser “fonctionnel”. Nous nous sommes attachés longtemps (et continuons de le faire) à gommer les frictions. Et heureusement ! Mais si ce dossier m’a bien convaincu d’une chose, c’est qu’il faut aller plus loin. Les technologies sont suffisamment matures (et ne font que s’améliorer) pour que nous puissions répondre à un besoin de plus en plus évident de différenciation par l’émotion.   

En sollicitant d’autres sens, la voix par exemple, le designer peut (et doit) jouer sur des cordes beaucoup plus sensibles. C’est le point que relève Justine dans son article, et que je pense que nous avons le rôle de creuser.

Comment ? Il faut tester, tester, tester.

Et c’est ce que nous voulons faire.

 

Et si je ne concluais pas ce dossier ?

Et si je faisais de celui-ci un “objet” à terminer ? Une promesse de “nouvelles choses à tester” et de “nouvelles d’interactions à prévoir” ?

“A completed object is a temporary stop to a search not a conclusion” disait Achille Castiglioni, designer italien, père de l’emblématique lampe Arco.

Il est toujours difficile en tant que designer de se dire que nous laissons des inconnues, plusieurs chemins possibles, voire que nous ne terminerons pas le travail de conception, mais nous devrions nous en réjouir car nous laissons la possibilité à l’utilisateur – et au lecteur ici – de se l’approprier, de déterminer les usages voire mêmes les interactions qu’il veut en faire. 

Nous n’arrêterons pas de parler d’interfaces, ou des nouvelles interactions possibles (et souhaitables) aujourd’hui. Au contraire, ce dossier a ouvert des réflexions fascinantes, que nous aurions tort de limiter ! Entre autres, nous voulons nous concentrer sur le lien entre nouvelles interfaces et émotion. Ce sujet fascinant, si complexe, est à creuser, à explorer et révélera sans aucun doute de nouvelles opportunités à saisir d’urgence. Pour nous, aucun doute, l’émotion doit être au coeur de la conception.

Nous préparons d’ailleurs un événement spécial au Palais de Tokyo, en Juin, pour partager notre vision avec vous. Inscrivez-vous pour plus de détails!

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