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Apr 13, 2018 | 5 min de lecture

Design

Friday Fiction: Episode 2

Victor

Louis Brotel

Design Strategist


FABERNOVEL INNOVATE
Les nouvelles interfaces transforment notre façon d’interagir avec le monde qui nous entoure et façonnent peu à peu une nouvelle forme de société. C'est sous forme de Design Fiction que nous choisissons de tirer le portrait de cette société réinventée par les nouveaux usages et interactions. En 4 épisodes, Charlotte et Louis racontent une vision du futur possible, interrogeant le monde qui vient et l’impact des nouvelles interfaces sur nos vies.

Mercredi 12 avril 2049, 6h12
Ailleurs en Europe.

Victor pose sa brosse à dent, il éclaircit sa voix. Devant son miroir de salle de bain, il répète :

Au début du 21ème siècle, les démocraties occidentales échouaient à répondre à la grogne des citoyens. Ces derniers, déçus par les promesses non tenues de leurs élus, se sont alors retournés vers les technologies, pensant qu’elles seraient capables de répondre à leur besoin de transparence, à leur envie de participer activement à la vie publique, et surtout, à leur désir d’autonomie – ils voulaient prendre eux-mêmes leurs décisions !

La fin des années 2010 a vu l’apparition des “civic tech” : ces jeunes pousses qui souhaitaient améliorer le système politique. Les années 2020 auront vu leur émergence.

Le 11 Mai 2024, la première révolution numérique de l’Histoire secoue l’Europe.  
Des militants accélérationnistes, (un mouvement pro-technologie) paralysent le pays. Les institutions traditionnelles, complètement obsolètes et incapables de faire face à ce piratage, s’effondrent.

Quelques dizaines d’années plus tard, une nouvelle société est née. Aujourd’hui, les citoyens se la sont totalement appropriée, ils choisissent eux-mêmes ce à quoi leur quotidien doit ressembler. Au fur et à mesure des années, la technologie a remplacé les administrations. Elle a été conçue pour accompagner la société à faire les bons choix. Tous les 10 ans, la population décide de la société qu’elle souhaite installer pour les 10 prochaines années.

Il n’y a plus de candidat aux programmes démagogiques, il n’y a plus que des analyses neutres et objectives, produites par l’IAPPP : l’Intelligence Artificielle du Peuple, par le Peuple, et pour le Peuple, nommée d’après Abraham Lincoln, le premier dirigeant du monde libre post-révolution accélérationniste qui a démissionné pour laisser sa place à une IA. Elle analyse en permanence les comportements de la société, ses envies, ses véritables besoins, et suggère en toute rationalité à ses citoyens une solution. Elle lui indique les meilleures décisions. Imaginez : c’est comme si Thémis, la déesse de la justice grecque, n’avait plus les yeux bandés, mais bien fixés sur la donnée.

La société ne s’est pour autant pas déshumanisée, les citoyens restent toujours maîtres de leur destin. Le système est simple : quand un sujet est posé, l’IA calcule les données objectives et budgétaires et les confronte à l’opinion générale. Elle prend en compte toutes les conséquences d’une décision, toutes les externalités positives ou négatives de celle-ci. Les citoyens votent ensuite s’ils sont pour ou contre.

C’est cette démocratie parfaite que nous vous proposons de rejoindre.

 

Victor appuie sur STOP. Après ce deuxième entraînement, le miroir de la salle de bain affiche : Rythme : 80% completed. Elocution : 65 % completed. Charisme : 95% completed.

Victor est content de sa deuxième répétition. C’est que le défi est majeur : dans l’après-midi, il aura à délivrer ce discours devant une trentaine de personnes. Et ce n’est pas le public le plus facile qu’on lui confie ….

Victor est un idéaliste, il veut toujours faire de son mieux, et s’entraîne sans relâche pour donner le meilleur de lui-même. Il n’a pas un rôle facile dans la société et peu d’autres humains sont capables de faire ce qu’il fait : garder son sang froid quelle que soit la situation pour émettre un jugement objectif, trancher une question de manière neutre et objective, avoir le sourire à tout moment…  

Il est l’une de ces personnes qui travaille directement avec la ville et l’IAPPP, comme une sorte de nouveau conseiller municipal, comme on les appelait à l’époque. Le seul service public humain qui reste désormais. Il a la responsabilité de garantir les nouveaux droits des femmes  et des hommes, il fait en sorte que leurs intérêts priment toujours.

Ce n’est pas cette voie que Victor avait imaginée à l’origine. Comme beaucoup de ses concitoyens, il aurait pu faire le choix de vivre plusieurs vies, de découvrir de nouveaux emplois. Le salariat n’est plus, il faut en profiter ! Mais le partage des données personnelles auprès de l’IAPPP est aujourd’hui obligatoire – vous avez dû en entendre parler sous le nom du  programme de “La donnée citoyenne” – et c’est comme cela que Victor a été sélectionné. Il a le profil parfait pour ce poste. Un véritable privilège. Le résultat des analyses de son comportement et de ses interactions virtuelles avec d’autres est sans appel : il a exactement toutes les qualités qu’il faut.

Ce mercredi 12 Avril, Victor doit donc se rendre dans un quartier reculé, pour prononcer le discours qu’il a répété. C’est un moment important. En effet, pendant la révolution accélérationniste, les personnes en difficulté ont eu à faire un choix : soit elles acceptaient de partager leur vie numérique, et ainsi laisser les algorithmes leur venir en aide, soit elles refusaient, et se retrouvaient alors laissées pour compte.

Il arrive sur place. Il reçoit un résumé des derniers évènements et une analyse prédictive de l’opinion de ces habitants. Car ils ont beau avoir fait le choix de vivre en retrait de la technologie, le quartier est truffé de caméras, de capteurs, qui au fur et à mesure des années, ont permis à l’IAPPP d’anticiper les besoins de ces gens, de comprendre leurs humeurs et leurs envies.

Après un an d’études et d’analyses, il doit leur présenter un nouveau programme, qui devrait les convaincre de ré-intégrer la société. Il répond aux questions que tous se posent : que pourrait-il se passer concrètement, quels seront les impacts et quels sont les risques s’ils refusent ?

Réunis autour de lui sur le grand chemin de terre qui sépare la Société des Marges, les habitants attendent son intervention. D’un geste, Victor appelle l’arène. La table centrale s’illumine. Victor projette les nouveaux éléments du programme, conçus en toute neutralité et objectivité.

Les heures passent, beaucoup d’idées sont échangées mais Victor ne semble pas fatigué. Le soleil se couche, les échanges prennent fin. Victor regagne la ville pour débriefer son Assemblée. Devant ses pairs, il doit rendre compte des échanges qu’il a eus. Il s’écarte de la partie ouverte à tous, et se rend dans un petit salon privé. Victor s’immerge virtuellement dans la Nouvelle Assemblée, une sorte d’agora des temps modernes, pour faire son rapport.

La journée touche à son terme, Victor rentre alors chez lui, à l’autre bout de la ville. Sa voiture arrive. Lors de son trajet, Victor replonge dans son masque. Il ne veut surtout pas rater un seul moment du match qui se passe ce soir… Mais son bracelet l’interrompt :

« Hey Victor, je te dérange je sais, mais j’ai une super nouvelle. Pour ce nouveau match, j’ai une personne qui est compatible à 85%. Tu veux la rencontrer ? Elle s’appelle Léa. »

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