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May 17, 2018 | 7 min de lecture

Design

Disparition des écrans : vers la disparition de l'UI designer ?

révolution, abandon, mutations

Benoit Talabot

Partner - Creative Director


FABERNOVEL
A chaque révolution industrielle son lot d’obsolescences, d’abandons, de mutations. Acteur incontournable de l’expansion des internets, le designer d’interfaces est aujourd’hui confronté aux nouvelles matérialités du numérique, aux technologies et langages utilisés et aux surfaces qui les diffusent. Quand on nous promet la mise en sommeil des écrans, la suprématie proche de l’intelligence artificielle, alors, qu’advient-il des UI designers ? Et, du sujet à l’objet, que reste t-il à designer ?

Asset, ascète et esthète.

Si je demande autour de moi ”quelle est pour vous la première interface ?” les réponses varient naturellement en fonction des intérêts et du profil, mais pour synthétiser on peut considérer une interface comme l’espace, l’interstice, entre une émission et une réponse, le centre du i•o.

Sans remonter à l’antique et faire appel au mythe de la caverne – le feu comme interface et les ombres comme “output” – l’une des premières interfaces de l’ère moderne pourrait être la machine à écrire. Le point commun entre une vieille Underwood et une interface web ?

La capacité à créer du standard.

D’un côté la machine à écrire imposa une uniformisation du support de résultat, le format A4, de l’autre le web, aujourd’hui, met en avant des principes et méthodes normalisés, web components, material design, design systems. Cet éternel équilibre entre postures esthétique et technique pourrait plaider en faveur de la disparition de l’UI designer.

En imaginant que tous les usages ont été dessinés, optimisés, classifiés et rendus accessibles, la constitution d’une bibliothèque d’interactions universelle, adjointe de l’intelligence artificielle (IA) pour résoudre les besoins de contexte, bousculerait dangereusement l’utilité du designer d’interfaces. IA encore, qui pousserait les limites de la personnalisation. Le “Personality Responsive Design”, où la strate interface s’adapte automatiquement à l’unicité de l’utilisateur et du contexte dans lequel il évolue.

Content is king, oui toujours, Context, aussi.

 

Et la tendresse ?… bordel !

Si l’IA enrichit, normalise, optimise, l’une des exclusivités du designer peut encore être l’émotion. L’aspect sensible de l’interface, subtilité complexe à appréhender par un algorithme, a sûrement encore de beaux jours devant lui.

En imaginant que l’on arrive rapidement à automatiser un rendu, qui constitue la bibliothèque ? Qui appréhende les tendances avant qu’elles soient répertoriées ? Qui produit et éprouve ces éléments sensibles qui constituent l’expérience ?

J’aime à croire que l’UI designer, garant du visible, gardera ce rôle. Le design d’émotion, “l’emotional intelligence design” est un sujet à la une, circonscrit aujourd’hui dans le champ de l’expérience, il expose ce (nouveau ?) besoin d’humanité. On parle du nouvel IoT, l’IoE, l’Internet of Emotion. Mathilde Maitre, notre Head of Design, plaide même parfois pour un design de frictions dans l’expérience, une nécessité d’imparfait, d’accident pour re-créer de l’empathie, de l’émotion. C’est dans ce sens qu’elle concluait notre dossier “nouvelles interfaces” d’avril. Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas c’est par là.

Sur le plan de l’interface on peut aisément imaginer que seul l’humain peut créer cet accident, cette imperfection. Un design qui est à l’image de celui qui l’utilise, un équilibre fragile entre accident et maîtrise, un design organique. Un juste milieu entre skeuomorphism et flat design.

Mais au-delà de la tension entre standardisation et émotion – une constante du design d’interface – n’est-ce pas la notion d’interface elle-même que le changement technologique vouerait à la disparition ?

Voyage au bout de la NUI

Du premier ordinateur personnel aux smartphones en passant par les nouveaux écrans souples, transparents, le designer d’interface, web designer d’antan, a toujours été confronté à la mutation de la matérialité des supports et des technologies.

Aujourd’hui, au delà de ce qui se voit, se pose la question de ce qui compose l’interaction. Il y a bien sur le grand R, vR, aR, la maturité de la Mixed Reality, par laquelle le rapport à l’écran et la façon dont nous nous interfaçons avec lui ont basculé.

 

Anon, NETFLIX > aR / Privacy by Design ?

Le point de contact, souris/doigt, s’est déporté vers un espace plus enveloppant, l’interface intégrée à l’expérience, voire même qui parfois disparaît.

Néanmoins si l’on parle de hors écran voir de “au-delà de l’écran” avec les nouvelles réalités, les interfaces – même transparentes – existent toujours : de la plus fonctionnelle qui dirige, modifie un parcours,  à celle plus introductive qui lance un scénario.

Il ne faut pas confondre visibilité et réalité.

 

Il ne s’agit pas de faire un choix fermé, d’abandonner les anciens au profit des modernes, mais d’établir le bon équilibre, non pas la 3D immersive pour oublier la 2D issue du plan surface, mais le bon mix, pour répondre au plus juste aux besoins et usages de l’utilisateur. Contexte, encore, plus que support. La limite se situe peut-être dans la nature du dispositif, il est plus simple d’imaginer la survie de l’interface dans un design “applicatif” que dans une sphère plus ludique, design “d’entertainment”, où le rapport à la fonction est plus libre, moins contraint par un besoin mais animé par une volonté narrative.

Pour revenir au voyage, les NUI, Natural User Interface, résument les enjeux sur la forme. Interfaces vocales, visuelles, textuelles, gestuelles, et peut-être dès demain neuronales, ont chacune leur propre territoire d’expression, leur grammaire d’interaction. La disparition pour la plupart de l’interface comme acquisition ou restitution repositionne le rôle du designer d’interface. Celui-ci devient-il un designer d’immersion? Assiste-t-on à la victoire du designer d’interaction ? Disparition du profil ou hybridation ?

Tous designers, ou presque…

Il est de bon ton aujourd’hui de proclamer “tous designers !“ mais de quoi et vers quoi ?

Si, effectivement, en fonction du champ d’activité, il existe une perméabilité des compétences, à l’image d’un bon front end developer qui nourrira son expertise d’une sensibilité artistique, de compétences de motion design, le designer d’interface aujourd’hui ne peut exclusivement être dans la construction visuelle mais doit aussi comprendre l’expérience de l’utilisateur, avoir conscience des enjeux business de l’objet qu’il dessine.

WIRED By Design: What a Sex Toy Start-Up Taught Ethan Imboden About Design

Cette pluridisciplinarité, lapalissade d’une époque où slasher est d’usage, permet logiquement d’appréhender plus facilement les caractéristiques d’un métier en transformation permanente. Outils, méthodes, théories se remplacent, fusionnent. Qui aurait parié sur Sketch il y a 7 ans comme alternative à Photoshop ? Comment construire un design system sans connaître son ancêtre bootstrap et donc les enjeux de structure et de code derrière l’apparence ?

Stéphane Distinguin, notre président fondateur, insiste souvent sur nos profils de “décathloniens” mais surtout sur la promesse de FABERNOVEL d’être une école permanente, une garantie de toujours être au cœur, voire au-delà, de l’état de l’art.

S’il y a une chose qui rassemble tous les designers, du produit à l’espace, du sound au game, de l’expérience utilisateur à l’interface, c’est cette capacité à rester en mouvement, à garder la tête levée et les yeux grands ouverts. On me demande souvent qu’elle est la qualité principale d’un bon professionnel, je réponds invariablement : la curiosité.

Néanmoins pour être totalement honnête avec vous, si les domaines sont poreux, s’ils s’inter-nourrissent, j’ai le sentiment que l’excellence nécessite tout de même la spécialisation, une majeure forte dans un corpus plus généraliste.

On ne peut demander à un designer d’interface d’être un expert de la conception de service, même si sa pratique se doit d’en connaître les règles et enjeux.

Le principal écueil de la précision de l’expertise est la stigmatisation des profils.

En échangeant avec des confrères la semaine passée j’ai tristement constaté que les querelles de chapelles existaient toujours, même dans les structures les plus à la pointe, que l’UI designer était trop souvent positionné dans la fonction, contrairement à d’autres profils plus “dans le sens”. Eternel clivage stérile entre conception et exécution. Si disparition du UI designer il y avait, elle serait peut-être due à ce problème d’étiquette.

Je reste toujours étonné par notre besoin de mise en case alors que l’on dispense tous le out of the box.

David Oreilly, Software Paintings, Untittled photoshop document, Oil on canvas. 24×20

Alors, fin du designer d’interface, ou bien ?

Sur le versant des outils, méthodes et supports, le changement de matérialité ne veut pas dire la disparition de celui qui compose. Le digital painting, s’il fait disparaître pinceaux, peinture et châssis, ne fait pas disparaître le peintre. Pas de disparition mais une mutation, de nouveaux territoires à explorer, de nouvelles formes à expérimenter.

Du coté de la technologie, il s’agit aussi de l’extension du champ des possibles. Comme l’explique John Maeda dans son dernier Tech Report, le grand bouleversement de ce qu’il appelle le computational design est en partie une histoire d’échelle, d’impact. Entre nombre d’utilisateurs concernés, rapidité de propagation, et capacité à se renouveler. L’automatisation est une chance pour le designer d’interface de réinvestir des sujets, typographie, composition, couleur, animations…

Les gens enfin, au centre, toujours. Pas davantage que standardisation des technologies, il n’y aura standardisation des compétences. L’enjeu, comme pour les dispositifs que nous mettons en place avec nos clients, est plus sur la fluidité du parcours, le bon passage de relais et l’exploitation optimale des compétences de chacun, sans friction. Des profils hybrides mais qui conservent leur singularité.

Alors oui peut-être l’UI designer est mort, mais vive l’UI designer… une fois de plus !  

Ce sujet vous a plu ? Vous devriez aimer notre prochain Business&Breakfast sur "l'émotion dans l'expérience client".

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