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Nov 29, 2018 | 4 min de lecture

Design

Qu’attendons nous pour passer à l’action ?

Maxime Brun

Junior Project Analyst


FABERNOVEL INNOVATE
Le saviez-vous ? Nous consultons 221 fois notre iPhone par jour, et passons quotidiennement 1h22 en moyenne sur les réseaux sociaux. Ces chiffres donnent déjà le tournis et augmentent de jour en jour.

Screen Time, la fonctionnalité qui divise les concepteurs.

Face à des utilisateurs qui disent vouloir décrocher de leurs écrans, Apple a sorti en septembre une nouvelle fonctionnalité dans sa version IOS 12 : « Screen Time ». Elle permet de se rendre compte du temps passé sur chaque application et d’y associer un temps défini.

Cette fonctionnalité intrigue certains utilisateurs qui se posent la question de l’intention réelle d’Apple. Sur ce point, deux camps s’opposent. D’un côté, ceux qui n’y voient qu’un « ethical washing » pour redorer l’image de la pomme – après tout, quel intérêt aurait-elle à ce que nous nous déconnections ? Et de l’autre, les plus optimistes, qui y voient un très bon signe : un premier pas pour se réinventer.

Quoi qu’il en soit – et quelle que soit votre position sur le sujet – une chose est certaine : dans les deux cas, cette fonctionnalité a le mérite d’amener un nouveau sujet sur la table de la « tech » en soulevant la question de la responsabilité.

 

Screenshot de l’interface « Screen Time ».

 

La responsabilité comme nouveau mission statement.

La démarche d’Apple vient questionner les principes de ce que l’on appelle le “design de l’attention”. Au premier regard, cette nouvelle fonctionnalité paraît contradictoire à son modèle d’affaire qui a plutôt intérêt à ce que nous passions le plus de temps possible sur ses applications et ses appareils.

Mais il est fini le temps où l’entreprise pouvait se permettre d’ignorer la volonté de l’utilisateur. Rappelons le, quand le respect des données personnelles est devenu important pour les utilisateurs, Facebook a été condamné. Quand les individus se sont indignés face aux mauvais traitements des chauffeurs, Uber s’est excusé. Quand les individus ont pris connaissance des algorithmes d’intelligence artificielle qui étaient au service du département de la défense américaine, Google a dû faire face à une vague de pétitions et de démissions.

De plus en plus, le temps passé devant un écran est considéré comme une addiction. Alors, pourquoi Apple ne réagirait-elle pas ?

Après tout, si Apple ne s’en charge pas, c’est quelqu’un d’autre qui le fera. Google est en train de vivre cette situation. Son principal business model basé sur la collecte de données et la publicité, est menacé. Parce que les utilisateurs réalisent enfin que leurs données sont à la merci des entreprises, de nouveaux acteurs voient le jour. Qwant, moteur de recherche qui dit respecter la vie privée des individus, se définit comme une alternative aux modèles californien et chinois. Ce moteur de recherche européen revendique 4% de part de marché en France avec un nombre d’utilisateurs qui se multiplie par 2,5. La question qui se pose aujourd’hui est celle de son internationalisation : va t-elle réussir à s’exporter ailleurs ? Ce qui est déjà certain, c’est qu’elle incarne ce nouveau virage dans le secteur de la « tech », et bien au-delà.

Ce mouvement remet en cause les modèles existants, met la responsabilité au cœur des stratégies d’entreprise et respecte les besoins des individus. C’est une nouvelle façon de penser, portée par une stratégie d’innovation responsable, animée par une démarche d’un « design for good ».

De Tristan Harris avec son mouvement « Time Well Spent », en passant par l’association Ethics by Design, jusqu’à IDEO.org (l’agence de design américaine), ces nouveaux acteurs, de tous les secteurs, tentent de dessiner les prémisses d’un “design éthique”.

 

Il est temps de passer de la vision à l’action !

Nous n’en sommes qu’au début du design éthique où chacun (chercheurs, designers, professeurs, étudiants, journalistes…) s’attache à lui donner une définition. Étant donné qu’il est compliqué de s’entendre quand il s’agit d’éthique et que chacun en a sa propre opinion, il devient difficile de lui donner une trajectoire commune. Il est encore plus difficile de la rendre opérationnelle quand il n’y a pas de vision claire. Finalement, c’est aux designers et aux concepteurs en général de se débrouiller seuls pour la mettre en œuvre.

Ils vont alors interroger les pratiques actuelles pour construire pas à pas et de façon itérative une méthode et des outils qui s’adaptent à ces enjeux. Pendant cette phase d’expérimentation, les concepteurs responsables pourront tester leurs nouvelles pratiques sur des projets concrets et mesurer les premiers impacts. Mais, par où commencer ? Comment s’y prendre ?

Des outils existent déjà. Ils prennent même différentes formes. Des ateliers collaboratifs imaginés par Design Ethically poussent les concepteurs à challenger leurs idées. Des outils inattendus conçus par Ethics For Designers, viennent interroger la sensibilité des concepteurs. Des guides tels que Ethical OS, nous amènent à se poser de nouvelles questions. Des cartes de tarot imaginées par Artefact, nous permettent d’anticiper les pires scénarios. De nouvelles méthodes comme DRIM (Design & Responsible Innovation Method) ou Circular Responsible Innovation Process Model s’inspirent des pratiques existantes pour les rendre plus responsables. Ce n’est qu’un éventail des solutions disponibles.

Perdus entre toutes ces ressources, les designers et les concepteurs font face à de nombreuses questions : Quels outils choisir ? A quel moment ? Qui impliquer ? Comment mesurer notre impact ? A quoi penser ?

Tant de questions opérationnelles qui ne trouvent pas de réponse concrète aujourd’hui. C’est au designer ou au concepteur de choisir ce que bon lui semble en fonction de son niveau de connaissance et des ressources à disposition.

C’est pourquoi, j’en suis convaincu, l’enjeu aujourd’hui est de s’accorder autour de la création d’une méthode de conception responsable accompagnée d’outils, sélectionnés pour intervenir à différents moments du projet. Ainsi, les décisionnaires pourront s’approprier cette méthode et l’intégrer au sein de leur organisation. Sans la formalisation concrète de cette méthode, il sera impossible de transformer les entreprises en profondeur.

Une fois que nous aurons imaginé cette méthode, le deuxième enjeu sera de rendre ces produits et services durables et scalables. Ils devront devenir de vraies alternatives aux géants du numérique. L’avenir nous le dira.

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