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Dec 12, 2017 | 6 min de lecture

Cultures

“Nous sommes tous ensemble pour faire avancer la communauté”

Rencontre avec Valentin Kasas, membre du collectif qui anime la communauté Paris Scala User Group et organise la conférence Scala.IO.

Nadia Biryukova

Communication Manager


FABERNOVEL INSTITUTE
Les communautés de programmation informatique ont commencé à se multiplier dès les années 80 grâce au mouvement open source. Constituées autour de différents langages de programmation, elles ont contribué à l’essor d’un nouveau mode de travail basé sur le partage de connaissances. Que sont-elles devenues aujourd’hui ? Nous avons rencontré Valentin Kasas, membre de la communauté créée autour du langage Scala.

Qu’est-ce que Scala ?

C’est une question qui pourrait au moins me prendre deux heures ! Scala est un langage de programmation qui a été créé en 2004. Son avantage est d’allier différents styles de programmation : aussi bien la programmation orientée objet que la plupart des gens pratiquent (Java, C#, etc.), que la programmation fonctionnelle. La grande force du langage consiste à introduire des notions mathématiques dans la pratique quotidienne du développement : les gens commencent par maîtriser la technique, ensuite ils se prennent au jeu et apprennent des choses beaucoup plus académiques et formelles. À la conférence Scala.IO de cette année nous avons eu deux interventions sur la théorie des catégories, une branche des mathématiques abstraites, elles ont eu un succès fou.

Comment la communauté a-t-elle été créée ?

La communauté Scala en France s’est formalisée autour du Scala Paris User Group en 2010. À l’époque je n’en faisais pas partie, je l’ai rejointe il y a à peu près deux ans. Au départ, en 2010, c’était une poignée de développeurs qui venaient de la communauté Java et découvraient Scala tous ensemble. Ensuite, ils ont créé un meetup qui existe encore aujourd’hui. Au bout de trois ans, quatre membres de la communauté ont décidé de créer une conférence. Ce n’était pas la première conférence Scala en Europe, mais c’était l’une des plus anciennes. Les premières années ont été épiques pour plusieurs raisons : il était difficile de trouver des sponsors, il n’y avait pas d’association qui pouvait porter les risques, notamment les risques financiers. Il y a eu deux éditions en 2013 et en 2014 et en 2015 la conférence a dû être annulée suite à divers problèmes techniques. En 2016 nous l’avons “ressuscitée” à l’initiative de Jean Helou sur un type d’organisation collectif : aujourd’hui nous avons une équipe de 15 personnes et une association a été créée à l’issue de l’édition 2016. Maintenant il est plus facile de trouver des sponsors puisque le langage commence à avoir de plus en plus d’attrait au niveau des entreprises.

 Comment êtes-vous organisés ? Y a-t-il un animateur identifié ?

C’est intéressant car tout a commencé par un petit groupe de passionnés. C’était amateur, l’organisation fonctionnait au service d’une communauté très restreinte. Ensuite, il y a eu un phénomène d’épuisement puisque les mêmes personnes fournissaient tous les efforts. Certains d’entre eux avaient des contraintes professionnelles ou des changements dans leurs projets de vie. Aujourd’hui, la communauté est animée collectivement, chacun participe en fonction de ses disponibilités, il n’y a pas vraiment de personnalité identifiée comme leader de la communauté. C’est beaucoup plus organique : ce sont des groupes de gens qui font ce qu’il faut pour que ça avance.

Autrement dit, vous n’avez pas de hiérarchie ?

Surtout pas, non. Bien sûr, parfois il y a des choses qui pourraient être faites de manière plus efficace, par exemple, du travail fait en doublon. Mais ce n’est jamais catastrophique. Contrairement à une entreprise, on n’est pas là pour maximiser le profit. Nous n’avons pas les mêmes contraintes, ce qui permet d’avoir une organisation à plat sans hiérarchie. Nous sommes tous ensemble pour faire avancer la communauté.

Comment vous animez la communauté ?

Concernant le meetup Paris Scala User Group, on se réunit le dernier jeudi du mois après le travail. Nous avons deux présentations d’environ 45 minutes, suivies d’un buffet et d’un échange autour des problématiques associées. Cependant, la communauté reste restreinte, tout le monde n’a pas vocation à parler en public. Nous faisons donc beaucoup d’efforts pour trouver des intervenants. Récemment nous avons mis en place des ateliers pour aider les participants à prendre conscience de l’intérêt que leurs sujets représentent pour la communauté. Mais ce n’est pas gagné ! Il faut dépasser la timidité et le syndrome de l’imposteur pour pouvoir intervenir en public. C’est un travail de fond, nous n’avons pas encore trouvé la recette miracle. Mais on continue à chercher !

Concernant la Scala.IO, ce qui nous paraît le plus important c’est de garder une conférence qui soit abordable et accessible à tous. On travaille beaucoup pour garder le prix du ticket le plus bas possible. Même si le langage est de plus en plus utilisé, les entreprises préfèrent plutôt payer pour une conférence mondialement reconnue comme Devoxx. Nous sommes conscients que la plupart des gens qui viennent à la conférence l’ont payé de leur poche.

Y a-t-il d’autres communautés autour de Scala en France et dans le monde ?

En France il y a plusieurs Scala User Groups : à Lyon, à Lille, et d’autres user groups dédiés plus généralement à la programmation fonctionnelle comme à Montpellier. Globalement il y a des communautés Scala dans tous les pays d’Europe. Des conférences autour de Scala ont lieu chaque mois : en novembre il y en avait une en Lituanie, en décembre il y en a une autre à Londres. Au Royaume-Uni, il y a beaucoup de développeurs Scala, le langage est très utilisé dans les banques et, bien sûr, dans la Silicon Valley, il y a des conférences et des groupes d’utilisateurs importants.

Est-ce ces communautés communiquent entre elles ?

Oui, même s’il n’y a pas d’échange formalisé. Par exemple, les organisateurs de la conférence Scala Exchange, qui aura lieu en décembre, nous ont invité à tenir un stand Paris Scala User Group. Il y aura des stands de différents User Group pour présenter ce qu’ils font, proposer aux speakers de participer à leurs meetup, etc.

J’ai également eu la chance de participer à l’initiative de Scala Center. C’est une organisation à but non lucratif qui promeut la communauté open source. En plus des conférences, ils organisent ce qu’ils appellent les Spree Open Source. Il s’agit de hackathon où les développeurs qui mènent des projets open source en Scala viennent présenter leurs projets, et distribuer des tâches à faire pour des participants. Pendant deux ou trois heures on travaille sous la direction du propriétaire du projet en question. L’idée c’est de promouvoir l’open source et de motiver les gens à contribuer dans des projets idoines.

Quelle est votre ambition pour la communauté ?

Nous avons beaucoup de gens qui participent au meetup en tant que spectateurs. Mes objectifs à court et à moyen terme c’est de les aider à devenir acteurs : intervenir dans des conférences et montrer que la communauté Scala en France est dynamique. Quand on regarde des panels de speakers de différentes conférences organisées autour de Scala et la programmation fonctionnelle, il n’y a pas beaucoup de Français. Alors que nous avons une communauté qui devient de plus en plus importante et des gens qui sont très intéressants. Pour motiver les membres de la communauté, on leur propose d’abord de faire leur meetup chez nous avant de participer à des conférences. Pour moi, c’est un objectif important.

De quelles ressources avez-vous besoin pour poursuivre l’aventure ? 

Nos meetups sont systématiquement accueillis par les entreprises : en novembre, par exemple, nous sommes hébergés par FABERNOVEL TECHNOLOGIES. Nous avions 80 places annoncées, et 30 personnes sont déjà sur la liste d’attente. Forcément, on est à Paris, les gens n’ont pas de bureaux extensibles ! En même temps, le langage devient de plus en plus connu, nous avons des sponsors qui nous permettent d’acheter du matériel vidéo, d’inviter des speakers étrangers. Ce dont on a vraiment besoin, c’est d’avoir plus de place pour pouvoir accueillir tout le monde.

 

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