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13 avril 2017 | 5 min de lecture

Cultures

#Journée de l’innovation - Episode 1 : Le crowdsourcing d’idéation

Etes-vous prêt à faire travailler la foule à votre place ?

Alban Bastard-Rosset

Change Maker


FABERNOVEL INSTITUTE

Après le lancement du Prix des Talents de la Recherche en 2016 en partenariat avec Rue89, FABERNOVEL INSTITUTE renforce sa position d’interface entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche, en connectant ses clients engagés dans leur transformation numérique à des chercheurs pluridisciplinaires. Ainsi, le 28 mars dernier, nous étions le partenaire de la 2nde journée de l’innovation Abbé Grégoire organisée par le Conservatoire National des Arts et Métiers. Nous sommes allés à la rencontre des chercheurs qui explorent les potentialités liées à l’innovation : ils se sont prêtés au jeu de l’interview.

Entretien avec Eric Schenk, maître de conférences à l’INSA Strasbourg et Claude Guittard, maître de conférences à l’Université de Strasbourg, tous deux chercheurs au BETA et auteurs de l’article « Crowdsourcing d’idéation : enjeux et facteurs de performance ».

Qu’est-ce que l’innovation ?

L’innovation, c’est l’innovation au sens schumpétérien du terme : l’application économique d’une invention. A partir de ce standard, ce qui va nous intéresser, c’est d’identifier les différentes formes que prend l’innovation.

Qu’est ce qui vous a amené à traiter du sujet du crowdsourcing ?

Nous sommes tombés un peu par hasard sur ce sujet à sa création et avons été parmi les premiers en France à évoquer le crowdsourcing selon un prisme académique. Ce qui nous a plu, c’est que le terme crowdsourcing n’a pas été théorisé par des chercheurs, il a fait son apparition pour la première fois dans Wired en 2006, une revue technologique grand public, sous la plume de journalistes.

Votre travail porte plus particulièrement sur le crowdsourcing d’idéation : pouvez-vous nous en préciser le concept ?

Il faut en effet faire la différence entre le crowdsourcing inventif et le crowdsourcing d’idéation. Pour nous, il n’y a pas d’ambiguïté : littéralement, le crowdsourcing c’est l’externalisation vers la foule. Une entreprise réalise une activité en interne et décide un jour de la faire faire en externe, à des individus non organisés qu’elle ne connaît pas. L’objectif ? La résolution de problèmes identifiés.

Notre travail va quant à lui plutôt s’intéresser au crowdsourcing d’idéation, c’est à dire à une phase qui vient en amont du crowdsourcing. L’enjeu de cette phase, appelée « fuzzy front end », n’est pas la résolution de problèmes, mais l’émergence et la sélection d’idées nouvelles.

Lorsqu’une entreprise met en place une démarche de crowdsourcing d’idéation, doit-elle demander de formaliser des idées concrètes, type « Imaginez le produit de demain », ou plutôt engager  une démarche empathique auprès de la foule, ce qui se rapprocherait donc du Design Thinking ?

La grande problématique du crowdsourcing d’idéation est la suivante : la foule sera-t-elle capable de répondre à la question que je lui pose ? Evidemment, si on lui demande d’imaginer la voiture de demain, cela ne marchera pas. Il faut être capable de décomposer une question et arriver ainsi au niveau de granularité avec des micro-questions. Ces micro-questions doivent être simples, précises et orientées vers des problèmes. Avec cette approche, l’empathie propre au Design Thinking est présente, ce qui en fait une démarche complémentaire au crowdsourcing d’idéation.

Qu’est ce qu’une bonne ou une mauvaise idée récoltée ?

Pour toute entreprise, une bonne idée c’est une idée actionnable, qui peut être intégrée après itération et qui générera un retour sur investissement. Mais l’enjeu c’est surtout de définir les bons critères de succès en amont et de déterminer la ou les métriques qui permettront de déterminer si l’idée récoltée vaut la peine d’être exploitée. C’est l’entreprise qui a le dernier mot et qui décide si une idée est bonne ou non à prendre, pas la foule. Il faut tout de même noter qu’on assiste parfois à un double crowdsourcing : l’idéation et la sélection des idées se fait par la foule, sous le regard évidemment attentif des équipes marketing.

Quelles sont alors les conditions de succès d’une démarche de crowdsourcing d’idéation réussie ?

L’enjeu c’est de réussir à attirer une foule suffisamment grande et constituée de profils variés, notamment dans les démarches créatives. Il y a un effet de réseau à créer, tout en évitant le buzz qui attirerait uniquement des individus identiques ou qui ne sont pas des utilisateurs de vos produits et services.

Vous citez dans vos travaux les cas de LEGO et de Netflix : quelles ont été les démarches de ces entreprises ?

Ces deux cas sont assez différents. D’une part, il y a eu Netflix qui a mis en place le Netflix Prize en 2006. Elle promettait 1 million de dollars à l’équipe qui réussirait à améliorer de manière notable le fonctionnement de son algorithme de recommandation. Il s’agit ici de crowdsourcing appliqué à la lettre : proposer à la foule de résoudre un problème identifié. De son côté, LEGO, a une approche davantage liée à la créativité, qui illustre le crowdsourcing d’idéation. Comment cela fonctionne ? Vous êtes invité à déposer votre idée sur la plateforme LEGO Ideas. Si vous obtenez le soutien de la communauté LEGO, votre idée est alors soumise aux designers et aux équipes marketing de l’entreprise qui déterminent si oui ou non elle mérite d’être lancée. L’individu dont l’idée est commercialisée touche des droits sur la vente du produit qu’il aura co-créé.

Avec cette externalisation, le rôle des équipes en interne est-il toujours aussi fondamental ?

Absolument. Externaliser pour capter l’émergence et la sélection d’idées nouvelles, ne veut pas dire que l’entreprise se désengage. La limite du crowdsourcing en général, c’est qu’il demande quasiment toujours autant de ressources en interne.

Par ailleurs, le crowdsourcing d’idéation est régulièrement mise en place par de grands groupes dans lesquels un chef de projet va prendre le risque de porter cette démarche qui ne s’inscrit pas dans un plan stratégique. Nos travaux nous amènent à observer que ce porteur de projet est alors considéré comme un intrapreneur, c’est à dire qu’à travers son action, il établit une nouvelle innovation managériale. Pour autant, avec le crowdsourcing qui se routinise et l’émergence croissante de plateformes, la place de l’intrapreneur tend à être remise en question sur ce genre de projets. Le rôle de l’intrapreneur est de prendre le risque d’amener la nouveauté. Quand un projet se standardise, il lui faut un nouveau défi.

Vous souhaitez échanger avec nous autour des démarches de crowdsourcing ou rencontrer Eric Schenk et Claude Guittard ?

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