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Feb 27, 2018 | 6 min de lecture

Cultures

« AstronoGeek c’est de la vulgarisation scientifique, bordel de merde »

Rencontre avec Arnaud Thiry a.k.a. AstronoGeek

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Nadia Biryukova

Communication Manager


FABERNOVEL INSTITUTE
Les nouveaux outils se multiplient dans le domaine de l’EdTech : les cours en ligne, la réalité augmentée ou encore l’Intelligence Artificielle facilitent l’apprentissage et nous rendent plus autonomes. La figure de professeur, elle aussi, évolue : des youtubeurs, jeunes pédagogues en jean - t-shirt, réinventent la vulgarisation scientifique en vidéo. Lancée il y a deux ans sur YouTube, la chaîne AstronoGeek compte aujourd’hui plus de 180 000 abonnés et 10 millions de vues. Nous avons rencontré Arnaud Thiry qui nous raconte l’apprentissage de son métier d’enseignant, sa manière de faire des vidéos et la science du doute.

Qui est AstronoGeek ?

Abrupt, direct, grossier. Quand j’ai décidé de faire une chaine de vulgarisation scientifique, la première idée qui m’est venue c’était : « AstronoGeek c’est de la vulgarisation scientifique, bordel de merde ». Je n’aime pas caresser les gens dans le sens du poil. Les gens qui m’intéressent sont un peu rugueux, ceux qui passent derrière le papier peint sans le décoller – tellement ils n’ont pas de personnalité – m’ennuient. J’ai voulu créer un personnage dont on se rappelle.

Pourquoi as-tu décidé de créer ta chaîne YouTube ?

Cela faisait longtemps que j’avais envie de devenir prof. J’aime bien enseigner et, soyons honnêtes, il y a trois gros arguments en faveur de ce métier : c’est décembre, juillet et août. J’ai donc fait mes études à l’Institut Universitaire de formation des maîtres à Strasbourg. Ensuite, j’ai fait des stages, mais le sens que prenait l’éducation nationale ne me plaisait pas du tout : on fabriquait des élèves qui avaient toujours raison.

Je me suis alors lancé dans la photo que j’ai pratiquée pendant mes études. J’ai créé une chaine YouTube pour faire la promotion des cours de photo. J’avais 35 000 abonnés, mais il n’y avait pas de croissance exponentielle. J’ai voulu créer une chaîne grand public, ayant comme modèle e-penser, ScienceEtonnante, Dr Nozman et d’autres chaînes scientifiques.

Quels sont tes objectifs ?

Je ne pense pas pouvoir changer le monde. En revanche, j’ai peur de ce qu’il est et de ce qu’il devient. Si je pouvais juste instaurer le doute dans les esprits de tous ceux qui croient que la Terre est plate, ce serait bien. Selon le sondage de l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch, 9% des Français croient que la Terre est plate. Ce sondage était un peu critiqué à cause des biais méthodologiques, mais on ne doit pas être très loin de la réalité. Ce type de dérives me font peur. Si tu es tout seul à croire indubitablement en quelque chose, ce n’est pas très grave. Si tu commences à mettre en tort les autres, cela me plait moins. C’est pourquoi je prends parti contre les complots sur ma chaîne. Parfois j’ai tendance à m’emporter, mais je ne peux pas juste dire que ce sont de gros crétins, ce n’est pas un argument. J’essaie donc de trouver des arguments pour faire réfléchir les gens.

En termes de chiffres, je n’ai pas spécialement d’objectif, parce que se fixer un objectif c’est le meilleur moyen de ne pas l’atteindre. Quand tu commences à atteindre ton objectif, tu te reposes sur tes lauriers. Je me dis que plus loin j’irai, mieux ce sera. Il y a quand même un objectif que j’approche doucement – faire de ma chaîne ma source de revenus principale.

Pourquoi parler de l’astronomie, alors que nous avons tous l’accès à Wikipédia ?

Nous avons Wikipédia, mais la plupart des gens n’y vont pas instinctivement. Il faut lire, alors que les gens aiment bien se mettre le cul dans un fauteuil et laisser couler l’information. Les vidéos sur YouTube ont beaucoup de succès, parce que c’est un format facile : il n’y a pas besoin de se concentrer, ce n’est pas la même manière de consommer l’information. Pour faire une chaîne, il fallait trouver un sujet qui n’était pas encore très abordé. De plus, la plupart des gens fantasment sur l’astronomie sans vraiment avoir des connaissances à ce sujet.

Comment ton parcours a influencé ta manière de faire tes vidéos ?

Pendant ma formation j’ai appris ce que je devais enseigner, mais aussi comment le faire. Il faut savoir qu’un adulte a une capacité d’attention de 20 min en moyenne. Il y a des techniques pour maintenir l’attention. Par exemple, casser le rythme : dans mes vidéos, je le fais à travers une grosse blague bien merdique ou un truc inattendu. En même temps, il ne faut jamais oublier de se mettre à la place des autres : les gens en face n’ont pas forcément les mêmes connaissances. Il faut donc être capable de remettre les concepts à plat.

Comment faire une vidéo à succès ?

Une bonne vidéo est composée de différents éléments. D’abord, la production de la vidéo : l’image, le son, le rythme, etc. Imaginons, un monsieur avec une diction très aléatoire parle de Thomas Pesquet qui est parti en espace : « Bonjour à tous… moi, c’est Arnaud Thiry… et aujourd’hui je vais vous raconter… enfin, je vais vous expliquer comment Thomas Pesquet a fini par arriver dans la station… Non, dans la station spatiale internationale… » Bref, ça te saoule déjà ! Alors que ce sujet pourrait potentiellement intéresser des gens. L’image et la diction doivent être intelligibles pour qu’on puisse regarder la vidéo sans s’arracher les ongles. Si tu fais une vidéo face caméra, il faut également être capable de raconter une histoire, de faire rêver. Si les spectateurs ne sont pas capables de se projeter, ils ne voient qu’un mec qui parle face à un écran, c’est chiant. Une bonne vidéo sur YouTube c’est comme un bon film : il s’agit d’une magie assez complexe, il y a beaucoup de choses à prendre en compte.

Comment prépares-tu tes sujets ?

Parfois je me dis : tiens, je connais une histoire, je pourrais la raconter. Pour en faire une vidéo, il faut faire des recherches : vérifier d’abord que ce que je crois savoir est vrai. Il s’agit d’approfondir le sujet et de remonter à la source de l’information. Ensuite, il faut la recouper et vérifier d’autres sources. Si on me dit quelque chose, qu’est-ce qui me prouve que c’est vrai ? Ce sont des principes de la zététique, la science du doute, qui me permettent d’éviter des conneries. Il m’est déjà arrivé de me tromper : dans une vidéo j’ai dit que le téflon était un alliage. Cela peut avoir l’air con, mais trois personnes sur Twitter m’ont dit : « Attention, le téflon c’est un polymère ! » Si j’ai dit une connerie, je la corrige, parce que le but c’est d’apprendre, non pas de désapprendre.

Pour toi, est-ce une manière d’enseigner autrement?

D’une certaine manière. Pourtant, les vidéos YouTube ne remplacent pas un vrai enseignement. Tu peux raconter ce genre d’histoires dans des diners mondains ou à ta copine au resto, mais ce n’est pas une connaissance qualifiante. Quand tu suis un cours approfondi sur un sujet, ce n’est pas la même démarche que de regarder une vidéo sur YouTube, en buvant une bière. En regardant ma chaîne, tu ne deviens pas astronome. Pour moi, cela reste de la culture générale. En revanche, cette culture générale éveille la curiosité et peut éventuellement amener à approfondir la question. On n’a jamais trop de culture, on ne sait jamais trop de choses.

Quel est ton public ? Quelles interactions as-tu avec ta communauté ?

Une grande majorité a moins de 35 ans, il y a aussi des retraités, mais ils sont plutôt minoritaires. Un bon moyen d’avoir une communauté solide et une chaîne qui fonctionne c’est d’interagir avec cette communauté. Ce n’est pas un système vertical, comme à la télé. C’est un système plus horizontal où les gens peuvent influencer le contenu par leurs commentaires, par leurs pouces bleus et rouges. Mes vidéos sont influencées par ce que les gens ont pu dire sur les précédentes. C’est une réelle interaction qui est propre à YouTube. Par exemple, après mes premières vidéos, j’avais des commentaires des gens qui partaient dans des délires de new age, de rencontres extraterrestres. J’ai décidé de faire des vidéos de debunkage <démystification, NDLR>.

De quelles ressources as-tu besoin pour poursuivre l’aventure ?

J’aime bien travailler seul, je suis donc à peu près satisfait. En revanche, le nerf de la guerre c’est de l’argent. Par exemple, je mets en place quelques effets spéciaux pour l’été à venir, mais ça coûte du fric. S’il y en a qui veulent sponsoriser des vidéos avec leur logo au début de la vidéo contre un petit chèque, je suis preneur.

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