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Marion Gueriot

2 Articles

Marion est Junior Project Analyst chez faberNovel

MaGueriot

Les artistes et l'innovation. (Partie 2)

Suite du compte rendu du Mardi de l'Innovation du 29 Novembre

Pour consulter la première partie de ce compte rendu, rendez vous ici 

 

2.    Lewis Carroll


 

Mathématicien et logicien de génie, l’œuvre de Lewis Carroll est aujourd'hui une référence pour de nombreux innovateurs.

Personnage très humble malgré son talent, Charles Lutwidge Dogdson, alias Lewis Carroll, fait carrière en tant que professeur dans une petite institution pour jeunes filles, très peu reconnue, et contribue en parallèle à la rédaction de nombreux ouvrages scientifiques.

Passionné par l’innovation et les nouvelles technologies de son temps, Lewis Carroll passe son temps à résoudre des énigmes mathématiques, à inventer de nouveaux jeux de logique, et à se procurer les dernières innovations qu’il teste et tente d’améliorer.

Loin d’une quelconque considération de profit, et n’étant pas dans le besoin, Lewis Carroll a inventé des dispositifs en tous genres qu’il a distribués gratuitement tout au long de sa vie. Il est ainsi l’inventeur de nombreuses innovations que nous utilisons encore aujourd’hui, en voici quelques exemples :

-      Solution pour se raser sans savon

-      Plan de table permettant d’éviter la bousculade des invités (qui sera utilisé par la Reine d’Angleterre)

-      Encollage des enveloppe à la place d’un cachet de cire (oui, c’est lui !)

-      Nouvelle façon de plier les cartes pour les replier plus rapidement

De plus, de nombreux jeux de logique utilisés aujourd’hui reposent sur des standards établis par Lewis Carroll (livres, jeux disponibles sur les consoles portables…)


Lewis Carroll fait également preuve d’une imagination débordante qui se traduira dans ses ouvrages fantaisistes tels que Alice aux pays des Merveilles, ou encore Sylvie et Bruno. Son œuvre s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes, et propose des clefs de lecture multiples.

Toutes les références logiques présentes dans ses ouvrages n’ont pas été intégralement déchiffrées à ce jour tant elles sont nombreuses. Ceci, et l’invention de concepts tels que la duplication des personnages, expliquent que ses ouvrages soient encore une référence aujourd’hui dans les milieux de l’innovation.

 

3.    Franz Kafka



La chose que l’on ignore le plus sur Franz Kafka, et qui constitue pourtant une clef de lecture essentielle pour comprendre l’ensemble de son œuvre, est qu’il a passé sa vie au poste de « responsable de l’analyse et de la réduction des accidents du travail » à Prague.

Juriste spécialisé en droit du travail, Franz Kafka a révolutionné la prévention des accidents du travail en introduisant des innovations jamais vues dans ce domaine, reposant sur le concept de « sécurité passive » (apport de petites améliorations techniques très logiques appliquées aux machines et procédures, et qui ont permis de réduire grandement la probabilité d’accidents).

Franz Kafka est devenu l’expert de son temps le plus réputé dans ce domaine. Son plus grand regret aura sûrement été de ne pas être ingénieur, et de pouvoir ainsi contribuer directement à la construction de machines moins « implacables » et dangereuses pour l’humanité.

Loin d’être un personnage sombre à l’image de l’univers « Kafkaïen » au sens littéraire du terme, Franz Kafka était quelqu’un de plutôt positif, de dévoué à son travail, mais qui aura été au contact de l’accident, et de la mort toute sa vie, ce qui a nourri l’humour anglais, le ton cynique et sarcastique qui imprègne son œuvre.

Le saviez-vous ?

Pour ne citer qu’un exemple, Franz Kafka n’est autre que l’inventeur du casque de chantier, qu’il a conçu et rendu obligatoire sur tous les chantiers dans le monde… Incroyable non ?


4.    Quelques exemples supplémentaires d’artistes novateurs…

-       Emile Gallé

                                                   

Fondateur et membre éminent de l’école de Nancy, institution mondialement reconnue pour son rôle dans le rapprochement de l’art et de l’industrie au début du XXème siècle, Emile Gallé est, selon le jour et l’heure à laquelle on s’adresse à lui tantôt poète, peintre, verrier, céramiste, ébéniste, industriel de renom…

Il est l’exemple même que l’on peut être à la fois artiste et industriel, en toute logique, puisqu’artiste est avant tout une posture que l’on revendique, une démarche, un art de vivre qui peut se concilier avec toute autre activité.

Son obsession pour le beau le conduit à penser que l’esthétique, la qualité, et la beauté doivent être accessibles à tous, sans considération de moyens, et que le développement des processus industriels et de la construction en série ne doivent avoir pour autre objectif que de rendre le beau et la qualité accessibles au plus grand nombre.

La notion de « série limitée » l’exaspère par le surplus de valeur artificielle qu’elle tend à conférer aux choses, l’art pour tous est son mot d’ordre : une belle chose doit pouvoir être reproduite et distribuée à grande échelle. La valeur est intrinsèque au beau et ne subit aucune dépréciation avec sa généralisation, au contraire, ce ne seront que plus d’empreintes de valeur qui survivront au temps…

L’école de Nancy ferme malheureusement ses portes suite à la guerre de 1914 durant laquelle tous les responsables des usines de Gallé trouvent la mort…

 

-       Oscar Wilde

Icône de la Belle Epoque, de l’art pour tous et de l’art partout, Oscar Wilde est un symbole de persévérance du rôle du beau dans l’innovation, avec pour seul principe que seul le beau crée et protège la valeur qui perdure avec le temps…

A votre avis, qui de la tour Montparnasse ou de la Tour Eiffel survivra en dernier… ?

 

-       François Coty

Plus puissant industriel du parfum que l’histoire ait connu, sa carte de visite mentionnait :

« François Coty : artiste, industriel, technicien, économiste, financier, sociologue »

Exemple de flacon de parfum réalisé par Lalique pour Coty :


 

-       Tiffany

Selon Tiffany, grande artiste et industriel de son temps, toute personne doit avoir accès à la même esthétique : ses lampes étaient à l’époque vendues en grande série, elles valent une fortune aujourd’hui…


Tiffany s’est inspiré du monde industriel pour innover : il avait pour habitude d’acheter de belles pièces venues de Chine. Un jour, en attendant les vendeurs très tôt sur le port, il récupéra un morceau d’un câble transocéanique laissé à l’abandon sur le port, et en fit des bracelets qui devinrent une référence.

Tiffany a également innové en termes de gestion des ressources humaines. Pour être en mesure de satisfaire ses besoins, il avait besoin d’un profil très spécifique d’employés « artistes ouvriers », il lui fallait donc former sans cesse les nouvelles recrues. L’innovation a résidé dans son initiative d’embaucher de jeunes femmes, venant ainsi perturber et relancer ses « anciens » ouvriers, des hommes pour la plupart, qui avaient pris conscience de leur savoir faire et étaient devenus très arrogants. Face aux nouvelles recrues, les anciens ouvriers n’ont pas osé contester et se sont pris au jeu de la formation et de l’apprentissage du travail à ces jeunes femmes, ce qui a permis à l’entreprise de prospérer.

 

-       André Gide

Ayant survécu à une très grave maladie dans sa jeunesse, André Gide a développé une position humaniste basée sur le respect de la vie et l’amour du progrès, prônant la théorie selon laquelle notre passé conditionne notre futur, et qu’il faut donc s’en détacher pour laisser la place à l’ensemble des possibles.

André Gide est à ce titre un symbole de la persévérance artistique qui porte en elle la source de l’innovation, de la découverte, du changement.

 

Finalement, que retenir de tout cela?

- Le beau perdure, il est porteur d'une valeur pérenne qui s'enrichit avec le temps : c'est la plus belle propriété intellectuelle qui soit 
 
- Etre artiste industriel n'est pas un oxymore, bien que nous ayons parfois tendance à l'oublier...
 
- Il y a plusieurs profils d'innovateurs aux talents différents. Ces talents sont complémentaires, et il ne faut pas forcer les choses : mieux vaut s'associer que de persister à tout faire soi-même, un concepteur de génie n'est pas forcément un bon comptable (Balzac)! 
 
- "Real artists ship!", maxime partagée par Balzac et Steve Jobs
 
- Kafka est fun. Si.


 

Les artistes et l'innovation. (Partie 1)

Compte rendu du Mardi de l'Innovation du 29 Novembre

Dans le cadre des « Mardis de l’innovation », j'ai assisté avant hier à une nouvelle conférence de Marc Giget dans le fin fond du 13ème arrondissement de Paris, dans une petite salle de spectacle très intimiste aux allures de cave, «les Voûtes». Après la conférence de la semaine dernière sur le thème de la Renaissance, Marc Giget nous a parlé hier du « rôle fondamental des artistes dans l’innovation ».

« En croyant passionnément à quelque chose qui n’existe pas encore, on le crée. L’inexistant est quelque chose que l’on n’a pas suffisamment désiré » Franz Kafka

C’est sur cette très belle citation de Franz Kafka que débuta la conférence.

A l’heure où l’innovation est souvent assimilée uniquement au design, discipline qui lui est certes légitimement associée, il convient de se rappeler que les artistes au sens «classique» du terme (peintres, musiciens, ébénistes, sculpteurs…) ont également toujours joué un rôle très important dans son développement.

Ainsi, les artistes ont toujours joué un rôle fondamental en période de synthèse créative, « quand la société s’approprie les avancées des connaissances pour les transformer en de nouveaux produits et services », périodes durant lesquelles leur créativité et leur sensibilité sont nécessaires pour découvrir l’ensemble des possibles permis par les dernières révolutions techniques.

La jonction entre sensibilité artistique et innovation :

Selon Léonard de Vinci, l’artiste seul est capable de comprendre la nature et de ressentir l’ensemble des « passions humaines ». Cette dévotion pour l’art, sans se soucier des préoccupations et des besoins de son temps, est sans nul doute l’atout déterminant de l’artiste, qui lui permet de contribuer mieux que quiconque à l’innovation.

De nombreux artistes non reconnus de leur temps sont ainsi aujourd’hui considérés comme de grands précurseurs ayant fait preuve d’une conception visionnaire hors pair. Pour ne citer qu’un exemple, Van Gogh a persisté dans son art toute sa vie, persuadé de ne pas être reconnu à sa juste valeur, et sans vendre (ou presque) aucune toile de son vivant…


Pour illustrer mon propos, je vais maintenant vous détailler les différentes études de cas exposées par Marc Giget, dont les trois plus importantes n’étaient autres que Balzac, Lewis Carroll, et Franz Kafka. Je complèterai ensuite ces trois exemples en vous parlant d’Emile Gallé, d’André Gide, de François Coty ou encore de Tiffany, qui ont fait l’objet d’une série d’exemples moins détaillés.

1.    Balzac : entrepreneur innovateur


L’Histoire telle qu'on nous l’enseigne fait malheureusement parfois l’impasse sur des aspects très intéressants, qui constituent de véritables clefs de lecture pour mieux comprendre notre temps.

Passionné par les innovations techniques, Balzac est l’exemple type de l’artiste, qui en plus d’être l’écrivain de génie auteur de la « Comédie humaine », fut également l’un des entrepreneurs innovateurs les plus importants de son époque.

Ainsi, Balzac aura en tout et pour tout été à l’origine d’une douzaine de projets de création d’entreprises, parmi lesquelles deux maisons d’édition, deux imprimeries, une fonderie de caractères d’impression, une revue, un journal…

Reconnu par les imprimeurs contemporains comme ayant 20 ans d’avance sur son temps au niveau des technologies employées et de la qualité de ses projets, Balzac ne parviendra en revanche jamais à tirer le moindre gain de ses différentes entreprises. Concepteur de génie, mais piètre gestionnaire, il fera échouer un à un l’ensemble de ses projets, prouvant ainsi que la conception et l’exécution sont deux qualités bien distinctes. D'ailleurs, tous les repreneurs des projets initiés par Balzac ont fait fortune très rapidement, et ont prospéré pendant plusieurs générations…

Ce qu’il ne parvint jamais à réussir dans le monde réel, Balzac l’écrivit. Cette confusion permanente entre l’imaginaire et le réel lui permis ainsi de donner une dimension réaliste exceptionnelle à son œuvre, parfaitement illustrée dans son romain « Les illusions perdues ».

Son projet le plus fou et le plus visionnaire fut de vouloir lancer l’exploitation des scories (déchets) des mines d’argent de Sardaigne suite à un voyage en Italie. Son idée fut volée par celui qui devait être son associé. L’exploitation des scories fut la première activité économique de Sardaigne pendant des décennies…

 

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