
A l'heure où l'Antarctique fond à vue d'oeil et les océans sont devenus
des poubelles géantes, partager nos ressources, et raisonner la
production, semble être une voie logique et responsable. Voiture,
appartement, perceuse et objets en tout genre que nous accumulons chez
nous peuvent ainsi être loués à d'autres personnes, permettant d'en
optimiser l'utilisation et également d'arrondir les fins de mois.
L'avènement de ce nouveau phénomène appelé "consommation collaborative"
est bien réel, et le Partage, en 2013, pourrait bien devenir une
tendance "cool". Bien sûr, certains vous diront que la crise est passée
par là et que nos concitoyens, en quête de bons plans pas chers,
s'engouffrent dans ces nouvelles pratiques par pure nécessité
économique. Faux : un véritable bénéfice de ces nouvelles pratiques se
trouve ailleurs.
Entre 2008 et 2012, j'ai eu la chance de diriger PARISOMA, un
espace de Coworking à San Francisco. Pour ceux qui ne connaissent pas
le concept du Coworking, voici la recette : aménagez un espace convivial
de bureau, ouvrez-le à des entreprises en quête d'un espace de travail,
prenez le temps d'animer le tout avec des événements intéressants
(conférences, rencontres, cours du soir, etc.) et faites en sorte que
les gens puissent se rencontrer facilement. Selon votre dosage, vous
obtiendrez alors quelque chose à mi-chemin entre une bibliothèque, un
café ou un centre d'affaires. A vous de bien doser selon vos objectifs.

PARISOMA
Comme dans tout business, pour attirer le client dans un espace
de coworking, vous devez mettre en avant les aspects basiques de votre
offre : table, chaise, wifi, café... Les entreprises qui décident
d'emménager chez vous le feront avant tout sur des critères classiques :
prix, location, services associés. Cependant, si vous avez bien dosé la
recette, vous vous apercevrez que la force de votre coworking est aussi
ailleurs. Après quelques semaines passées chez vous, c'est sans
surprise que vous entendrez votre nouveau client vous annoncer : "J'ai
pris un café avec un expert en référencement Google hier et j'ai décidé
de lui confier mon site web". Paf ! Votre client est devenu un client
fidèle.
En 3 ans, j'ai assisté et entendu des dizaines d'histoires de ce
genre, ce qui a fait grandir en moi une conviction, derrière l'avantage
économique certain qu'ont les entreprises à opter pour un bureau en
coworking, se cache un autre besoin encore plus bénéfique à moyen terme :
le développement de liens sociaux, d'interactions. Il n'y a pas
meilleure façon pour développer son business ou résoudre des problèmes
que d'en parler autour d'un café, surtout quand la machine à café est
utilisée par des personnes qui ont des horizons, des expertises et des
objectifs différents des vôtres.
Ce constat m'a amené à m'investir pleinement dans un nouveau projet : Bureaux A Partager (BAP).
Crée en 2007 et incubé par faberNovel, BAP est un des rares services
B2B dans le paysage de cette nouvelle économie de la consommation
collaborative qui foisonne de projet C2C comme Airbnb, Covoiturage,
Voiturelib, Zilok ou Eloue pour ne citer que les plus connus. Le
principe de BAP est simple, les entreprises qui disposent d'un espace de
travail "en trop", que ce soit un poste, un petit bureau ou tout un
étage, mettent en ligne leur annonce et louent cet espace à d'autres
entreprises. Depuis 5 ans, le site permet a des milliers d'entrepreneurs
de partager leurs bureaux mais pas que… Un récent sondage mené auprès
des utilisateurs du site a montré que 55% des entreprises qui partagent
leurs bureaux ont "au moins travaillé une fois ensemble". Et c'est là la
toute la puissance du partage : non seulement les entreprises font des
économies en partageant des ressources, mais en plus, elles partagent
leurs savoirs-faire et collaborent professionnellement. L'intérêt social
s'additionne très naturellement au but économique. Et le phénomène est
vertueux : la plupart des entreprises qui ont commencé leur activité en
colocation, partagent à leur tour leur bureau quand elles grandissent.
Alors quel est le potentiel ? Il est encore difficile de l'estimer, mais
il semble très prometteur. La logique veut que toute entreprise ou
presque, à un moment de sa vie, n'optimise pas au mieux sa surface de
bureau. Soit parce qu'elle est en croissance et se réserve de la place
pour grandir, soit parce qu'elle est en perte de vitesse et doit,
malheureusement, décroitre. Sans mentionner tous les autres cas qui
amènent une entreprise à devoir laisser des bureaux vides pour une
période plus ou moins longue. Notre estimation est qu'entre 10% à 20% de
la surface des bureaux occupés pourraient être optimisée. Uniquement
sur Paris intramuros, cela représenterait un potentiel de plus de 2
millions de m2.
Sans aucun doute, les plus grands gisements de bureaux disponibles
optimisables sont à trouver du coté de nos "grandes entreprises". Elles
qui brassent des centaines des milliers de m2 ont forcément quelques
milliers de m2 en trop… Un sujet à part entière que nous aimerions
creuser en 2013.
Dès lors, ce projet porte également une ambition sociale et
politique. En effet, Bertrand Delanoë souhaite qu'une partie des bureaux
parisiens se transforment en habitations pour faire baisser le niveau
exorbitant des loyers. Développer le partage de bureau pourrait aider à
atteindre cet objectif. En effet, en développant cette pratique, l'offre
de petites surfaces augmente et mathématiquement, leur prix baisse. La
logique de marché s'appliquant : il devient moins intéressant pour un
propriétaire de louer en bureau qu'en habitation. En augmentant l'offre
de petites surfaces sur le marché du bureau, BAP pourrait ainsi amener
des propriétaires à transformer des espaces de bureau en habitation.
C'est donc avec détermination que je pousse ce projet qui non
seulement semble pertinent en terme de création de valeur (je l'espère
!) par l'optimisation de ressources existantes non exploitées, le fameux
"Excess Capacity" cher à Robin Chase.
Mais avant tout, un projet qui a vocation à renforcer les synergies
entre entreprises à travers le Partage, cette notion si fondamentale
dans notre société, et qui s'est un peu perdue ces dernières décennies.
L'ambition est de porter BAP rapidement hors de nos frontières ; sa version américaine Share Your Office est déjà lancée. La version espagnole en cours de finalisation.
A bientôt,
Clément