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Pour un OuApPo : retour sur les API Hours

03 Mai 2012
   
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Vendredi, c'était API Hours à la Cantine, avec notamment d'excellentes présentations de  Mehdi Medjaoui (Webshell) et d'Aurélien Fache (faberNovel) sur les API, hier, aujourd'hui, demain et après-demain.

Des API partout, dans votre lit, vos lunettes, votre coeur, voilà ce que nous promettait avec enthousiasme Aurélien Fache, en rappellant à quel point dans la création d'API aujourd'hui, c'est l'hybridité qui est de mise : mash-ups, croisement de données venant de sources hétéroclites… Un art combinatoire qui s'incarne dans des objets du quotidien, aujourd'hui Siri (un mélange de 40 API !), demain Google et son projet "Glass". Autant dire que le numérique d'aujourd'hui et de demain, via les API, est bien un "sacre de l'hybride" comme le suggère Milad Doueihi dans Pour un humanisme numérique.

Comment alors explorer toutes les possibilités qui s'offrent à nous ? Comment stimuler la création et proposer de nouveaux dispositifs, de nouveaux modèles d'usages ? Il faut peut-être pour cela repartir d'une donnée toute simple, le fait que créer une API, c'est d'abord écrire. Et écrire, c'est composer avec des ressources (l'alphabet latin pour le français, les données des services connectés pour des API) selon une règle commune (la grammaire française, les langages informatiques pour les API, dont le Json semble être aujourd'hui le principal). Or, de telles questions ont déjà été posées dans un passé pas si lointain…

En 1960, François le Lionnais, mathématicien et écrivain (c'est important…), fonde avec Raymond Queneau l'OuLiPo, l'Ouvroir de Littérature Potentielle, qui a pour vocation de stimuler la création littéraire par la contrainte arbitraire et bien souvent inspirée de règles mathématiques : combinatoire vertigineuse des Mille milliards de poèmes de Queneau, interdiction du "e" dans La Disparition de Perec, méthode "S + 7", poèmes booléens… tout y passe. Tout n'est pas devenu mémorable bien sûr, mais l'essentiel est là : un véritable foisonnement de textes inédits.

Pourquoi ce détour par l'OuLiPo ? Car je crois que le problème est fondamentalement similaire pour les API d’aujourd'hui (et de demain). Nous avons la chance de disposer d'un langage quasi-standard, d'avoir de plus en plus de données disponibles. Comme l'a montré Aurélien Fache, la logique combinatoire est une tendance de fond qui trouve dans les méthodes de l'OuLiPo un écho troublant. Pourquoi alors ne pas imaginer un OuApPo, un Ouvroir d'API Potentielles, qui s'inspire des démarches oulipiennes pour stimuler par la contrainte la création d'API ?

Bien sûr, il existe aujourd'hui de nombreuses manifestations qui ont un objectif similaire : hackaton, barcamp etc. L'idée est ici de proposer une nouvelle formule, qui prenne en compte la dimension combinatoire et systématique de l'écriture. A chacun de créer des règles et des contraintes, selon sa fantaisie, en essayant d'éprouver tout ce que les API peuvent permettre de créer.

Et pour finir, un petit rappel sur la population oulipienne. Les Roubaud, Le Lionnais, Perec ont été des transfuges, des hybrides pris entre littérature et mathématiques, entre logique et langage. Qui de mieux que des développeurs pour comprendre et approfondir cette démarche de création ?

Samuel Goyet
[Rédacteur invité] Samuel est doctorant au CELSA et à l'université Laval (Québec)...

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