Vendredi, c'était API Hours à la Cantine, avec notamment d'excellentes
présentations de Mehdi Medjaoui (Webshell) et d'Aurélien Fache
(faberNovel) sur les API, hier, aujourd'hui, demain et après-demain.
Des API partout, dans votre lit, vos lunettes, votre coeur, voilà ce
que nous promettait avec enthousiasme Aurélien Fache, en rappellant à
quel point dans la création d'API aujourd'hui, c'est l'hybridité qui est
de mise : mash-ups, croisement de données venant de sources
hétéroclites… Un art combinatoire qui s'incarne dans des objets du
quotidien, aujourd'hui Siri (un mélange de 40 API !), demain Google et
son projet "Glass". Autant dire que le numérique d'aujourd'hui et de
demain, via les API, est bien un "sacre de l'hybride" comme le suggère Milad Doueihi dans Pour un humanisme numérique.
Comment alors explorer toutes les possibilités qui s'offrent à nous ?
Comment stimuler la création et proposer de nouveaux dispositifs, de
nouveaux modèles d'usages ? Il faut peut-être pour cela repartir d'une
donnée toute simple, le fait que créer une API, c'est d'abord écrire. Et
écrire, c'est composer avec des ressources (l'alphabet latin pour le
français, les données des services connectés pour des API) selon une
règle commune (la grammaire française, les langages informatiques pour
les API, dont le Json semble être aujourd'hui le principal). Or, de
telles questions ont déjà été posées dans un passé pas si lointain…
En 1960, François le Lionnais, mathématicien et écrivain (c'est
important…), fonde avec Raymond Queneau l'OuLiPo, l'Ouvroir de
Littérature Potentielle, qui a pour vocation de stimuler la création
littéraire par la contrainte arbitraire et bien souvent inspirée de
règles mathématiques : combinatoire vertigineuse des Mille milliards de poèmes de Queneau, interdiction du "e" dans La Disparition
de Perec, méthode "S + 7", poèmes booléens… tout y passe. Tout n'est
pas devenu mémorable bien sûr, mais l'essentiel est là : un véritable
foisonnement de textes inédits.
Pourquoi ce détour par l'OuLiPo ? Car je crois que le problème est
fondamentalement similaire pour les API d’aujourd'hui (et de demain).
Nous avons la chance de disposer d'un langage quasi-standard, d'avoir de
plus en plus de données disponibles. Comme l'a montré Aurélien Fache,
la logique combinatoire est une tendance de fond qui trouve dans les
méthodes de l'OuLiPo un écho troublant. Pourquoi alors ne pas imaginer
un OuApPo, un Ouvroir d'API Potentielles, qui s'inspire des démarches oulipiennes pour stimuler par la contrainte la création d'API ?
Bien sûr, il existe aujourd'hui de nombreuses manifestations qui ont un
objectif similaire : hackaton, barcamp etc. L'idée est ici de proposer
une nouvelle formule, qui prenne en compte la dimension combinatoire et
systématique de l'écriture. A chacun de créer des règles et des
contraintes, selon sa fantaisie, en essayant d'éprouver tout ce que les
API peuvent permettre de créer.
Et pour finir, un petit rappel sur la population oulipienne. Les
Roubaud, Le Lionnais, Perec ont été des transfuges, des hybrides pris
entre littérature et mathématiques, entre logique et langage. Qui de
mieux que des développeurs pour comprendre et approfondir cette démarche
de création ?